LIVRE II
général qui allait renouveler l’Europe. La scolastique devait périr avec le moyen âge, dont elle avait été l’une des plus vives expressions. Les travaux des érudits, l’invention de l’imprimerie, les découvertes du xve siècle et l’élan des idées nouvelles devaient lui porter les derniers coups. Elle avait toutefois contribué aux progrès de l’intelligence, en la tournant vers la philosophie et les études abstraites. Elle avait conservé la langue latine, elle avait introduit de nouvelles formes dans l’argumentation, et fourni quelques bons éléments à la recherche de la vérité; mais elle avait retardé l’essor des sciences expérimentales, en détournant de bons esprits de l’observation directe de la nature; et à peine avait-elle ajouté quelques données positives au domaine de la vérité scientifique. La scolastique n’avait été, à vrai dire, qu’une lutte entre les doctrines d’Aristote et celles de Platon. Les savants grecs, en prenant part à ces disputes, les ranimèrent quelque temps. Gémiste Pléthon soutenait les platoniciens ; Théodore de Gaza, Georges de Trébizonde, Argyropoulo, de Constantinople, prirent parti pour Aristote. Les Médicis se déclarèrent pour Platon, ainsi qu’Ange Politien et Hermolaüs Barbarus, qui s’efforça de concilier les deux écoles. Toutefois , le platonisme perdait chaque jour de son crédit. Après Bessarion et Marsile Ficin, qui lui prêtèrent leur secours , on finit par abandonner le système de la préexistence des âmes, et, dès le commencement du xvi° siècle, là doctrine d’Aristote prévalut partout.
Le pape Léon X releva les études universitaires, trop négligées par ses prédécesseurs. Il fit appel aux savants, il créa des chaires, des bibliothèques, des
BOTANIQUE
écoles, et accorda des privilèges aux étudiants. Il envoya Lascaris en Grèce pour y recueillir des manuscrits; Rome devint le centre de l’étude et du savoir. Les grandes familles d’Italie imitèrent le pontife. Les princes de la maison d’Este encouragèrent les hommes de mérite, et l’université de Ferrare ne tarda pas à devenir célèbre à son tour.
A mesure que la liberté de penser et d’écrire recevait plus de latitude, les questions devinrent plus graves. C’était l’époque de Pomponat de Mantoue, de Césalpin d’Arezzo, des deux Pic de la Mirandole. Césalpin n’admit que deux principes : Dieu et la matière ; Jacques Zarabella soutint que les astres étaient animés, puisqu’ils se mouvaient d’eux-mêmes: opinion qui donna un nouveau crédit à l’astrologie. Les hommes les plus éminents croyaient encore à l’influence des astres sur la destinée des hommes. Jérôme Cardan admettait les démons, les génies, les augures et les songes prophétiques. Il croyait à l’âme universelle de Platon. Il avait prédit qu’il mourrait à soixante-quinze ans, et il se laissa mourir de faim pour accomplir son horoscope. En Allemagne, Paracelse et Agrippa renchérirent encore sur ces bizarres hypothèses; d’autres, en voulant tout concilier, parvinrent à tout confondre. Jean Reuchlin (en allemand, Fumée) essaya de faire revivre les doctrines rabbiniques; Tritheim écrivit sur la cabale, qui prétendait réunir les systèmes de Platon et d’Aristote, les idées hébraïques et les doctrines chrétiennes : art imaginaire dont on sait que Raymond Lulle avait été l’ardent promoteur.
En même temps que les écoles retentissaient de ces derniers combats de la scolastique , d’autres études