LIVRE
qua particulièrement à étudier les drogues qui proviennent d’Amérique. C’est dans son ouvrage qu’il est fait mention pour la première fois du baume de Tolu, du ricin, du tabac, du gayac et de la salsepareille. La pomme de terre ne fut décrite que vers la fin du xvic siècle, dans l’ouvrage de Clusius : Histoire des plantes rares.
Clusius, plus connu sous le nom de l’Écluse, né à Arras, après avoir voyagé en France, en Italie, en Allemagne, en Hongrie, devint directeur des jardins de Vienne sous Maximilien II et Rodolphe II son fils, tous deux grands amateurs d’histoire naturelle. Après la mort du dernier, il alla se fixer ii Francfort. En 1589 , il fut appelé à professer la botanique à l’académie de Leyde. Clusius était d’une ardeur et d’une intrépidité dont, au xvm° siècle, Commerson offre seul un second exemple. « Tout mutilé par les accidents de ses excursions botaniques, il n’en continuait pas moins, à travers l’Europe, ses dangereuses explorations'. »
On trouve dans son ouvrage la description de plus de six cents plantes nouvelles , entre autres celle de la pomme de terre, originaire de Quito, d’où elle fut rapportée par les Espagnols, vers le milieu du siècle, et non en 1585, par Walter Raleigh, comme on l’a dit souvent.
Pierre Belon est, parmi ces naturalistes voyageurs, l’un des plus dignes des souvenirs de l’histoire scientifique, parce qu’il voyagea exclusivement dans l’intérêt de la science , et qu’il porta dans ses recherches une sagacité, une érudition et une sincérité que l’on
i J. Planehon, Éloge historique de M. F. Dunal, p. 31.
BOTANIQUE
trouve bien rarement dans les savants de la même époque. Il était né dans un village près du Mans , en 4517. Il fut protégé et dirigé dans ses premières études par René Dubellay, évêque du Mans, et par le cardinal de Tournon, alors archevêque de Bourges, qui, en 4540, lui fournit l’occasion de faire un voyage en Allemagne '. C’est là que Belon fit la connaissance d’Euricius Cordus, professeur à Erfurt, qui lui inspira le goût de la botanique. Il se lia également avec Valerius Cordus, fils d’Euricius, avec lequel il voyagea en Bohême et en Saxe, à la recherche des plantes, des animaux et autres curiosités naturelles-. Au retour de ce premier voyage, en traversant la Lorraine, Belon tomba, près deThionville, dans un parti espagnol
1 Au xvie siècle la plupart des prélats et des grands seigneurs tenaient à se montrer les protecteurs des savants. Le naturaliste Pierre Gilles (Gyllius) était protégé par le cardinal d’Armagnac , qu’il suivit à Rome et à Venise. Rondelet accompagna de même le cardinal de Tournon. Rabelais , protégé par le chancelier Duprat , suivit également le cardinal Dubellay dans sa mission diplomatique à Rome. Gassendi appartenait au même titre au comte d’Alais, gouverneur de Provence. F. Bacon lui -même dut en grande partie son élévation à la protection du comte d’Essex , favori d’Elisabeth , et plus tard à celle du duc de Buckingham. Pierre Duchàtel, ami d’Erasme, qui fut successivement évêque de Tulle, d’Orléans, de Mâcon, puis grand aumônier de France, ne se bornait pas à protéger les savants, mais il cultivait luimême l’histoire naturelle. Il encouragea Robert Estienne, et fit tous ses efforts pour sauver du supplice le malheureux Etienne Dolet.
2 Valerius Cordus, qui mourut à Rome en 1544, à l’âge de vingt-neuf ans, signait ses lettres et ses manuscrits par une sorte de rébus, en figurant un cœur (cor), auquel il ajoutait la syllabe dus. Des biographes ont pris cette figure pour un O , et l’ont appelé en conséquence Odus.