‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 53 sur 145 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

phiques, mais d’erreurs grossières et de bévues bien plus graves en matière de science. Ceci rappelle un traducteur de Dioscoride, qui prétendait que les éléphants s’apprivoisaient avec du sucre d’orge, tandis que l’auteur avait dit que l’ivoire ( elephas ) se ramollit quand on le fait tremper dans de la bière; ou bien ce bibliographe qui plaça parmi les ouvrages de la botanique un in-folio intitulé : Fuggerorum et Fuggerarum imagines, croyant qu’il s’agissait d’un traité des fougères mâles et femelles. Or ce volume contenait l’histoire généalogique de la famille Fugger, ces fameux négociants d’Augsbourg qui, ayant prêté à Charles-Quint des sommes considérables, l’en acquittèrent au milieu d’une fête en jetant son obligation dans un feu allumé avec des fagots de cannelle.

Jardins botaniques. — Une autre circonstance qui favorisa puissamment les progrès de la science des végétaux fut la création des jardins botaniques. Les historiens font mention de quatre jai’dins de cette nature connus dans l’antiquité. Le premier est celui que Théophraste avait fondé à Athènes; le second fut établi par Mithridate, en Macédoine, i35 ans avant Jésus-Christ; le troisième est celui d’Attale-Philométor, créé à Pergame deux années plus tard; enfin le quatrième, cité par Pline et par Dioscoride, appartenait à un médecin célèbre de Rome, qui se nommait Castor.

Chez les modernes, avant l’établissement des collée-

BOTANIQUE

tions publiques, et dès le xme siècle, d’assez nombreux jardins privés réunissaient déjà les plantes les plus utiles, les plus curieuses et les plus rares. Ils appartenaient, soit à des couvents, soit à de grands seigneurs, le plus souvent à de simples amateurs d’histoire naturelle. Conrad Gesner, qui en possédait un à Zurich, cite ceux de Coudemberg à Anvers, de Besler à Nuremberg, et de Nicolas Houël à Paris, tous trois apothicaires et savants distingués.

A l’époque où nous sommes arrivés, le nombre toujours croissant des plantes nouvellement rapportées par les voyageurs fit songer à la fondation de jardins publics destinés à l’enseignement de la botanique. Le premier fut créé à Marbourg, en 1530, par Euricius Cordus, père de Valerius. Le second fut établi par Brasavola, en 1540, à Ferrare, sur une presqu’île du Pô, affectée à cet emploi par le prince d’Este; le troisième, en 1543, par Luc Ghini, aux frais du grand-duc de Toscane, Cosme de Médicis. Belon, qui visita, en 1555, ce beau jardin, alors dirigé par Cesalpini, fut émerveillé de sa richesse. En 1546, l’université de Padoue fut dotée par le sénat de Venise d’unjardin semblable, et, en 1548, Aldrovandi fonda celui de Bologne. Ceux de Florence et de Rome datent à peu près de la même époque. Depuis lors ces établissements se multiplièrent au point que, vers 1560, Conrad Gesner en portait le nombre à plus de cinquante, en Italie seulement.

La Hollande suivit la première cet exemple. En 1566, le pharmacien Cluyt fonda celui de Leyde Le jardin

1 La fondation de ce jardin , comme celle de l’université de Leyde, se rapporte au siège mémorable que soutint cette ville

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