LIVRE II
de Leipzig date de 1530. Celui de Montpellier fut créé en 1596, sur l’ordre d’Henri IV, qui acheta le jardin de Richer de Belleval, pour en faire présent à l’université. Mais près d’un demi-siècle avant cette époque,
héroïque en 1573. Sa défense avait été confiée à un des bourgmestres. Le prince d'Orange, retenu à Delft par une maladie, lui avait écrit : « Organisez la résistance. J’arrive à votre aide ; vain- « queurs, vous serez libres ; vaincus , un esclavage éternel vous « attend. » On résista deux mois et plus. Le bourgmestre Van der Welft, sommé de se rendre, répondit : « Quand nos provisions « seront finies, nous mangerons notre main gauche; la droite « nous suffira pour nous défendre. » On résista encore quelque temps. On renvoya les femmes , les enfants et les vieillards ; mais la famine devint excessive, et la peste ne tarda pas à se déclarer. C’est alors qu’une troupe famélique, au désespoir , se précipitant chez le bourgmestre , lui cria: «Rendons-nous, ou donnez-nous « du pain ! — J’ai juré de défendre Leyde jusqu’à la mort, répond « Van der Welft , et je tiendrai mon serment. Je n’ai pas de pain « à vous donner; mais prenez mon corps, meltez-le en pièces, « et que les plus affamés s’en nourrissent. » Les malheureux , émus de tant d’héroïsme , se retirent en gémissant. Le môme jour, deux pigeons porteurs d’un message s’a'battent sur la ville. Ils annoncent que le secours approche. Guillaume le Taciturne avait fait rompre les digues, et les eaux de la Meuse et de l’Yssel se répandaient sur le pays. Huit cents bateaux chargés de troupes, disposés par le prince, après avoir repoussé les assiégeants, apportaient des vivres et des secours à une population réduite de moitié par la famine et par les maladies. Une tempête affreuse avait jeté la confusion parmi les Espagnols et détruit leur artillerie. Enfin , après une lutte suprême , l’ennemi ayant été débusqué de toutes ses positions, la ville se trouva délivrée. L’entrée de Guillaume fut un véritable triomphe, et, pour récompenser le courage des habitants , il offrit aux bourgmestres de les exempter d’impôts, ou bien de fonder une université. Ceux-ci optèrent sans hésiter en faveur de cette dernière proposition. Les étudiants célèbrent encore chaque année ce glorieux anniversaire, en faisant une distribution de pain aux pauvres de la ville , à leurs frais et de leurs propres mains.
BOTANIQUE
Pierre Belon, dans ses Remontrances sur le défaut de labour et de culture des plantes, etc., avait émis la première idée de l’établissement d’une vaste pépinière de végétaux exotiques, « qui eût fourni des arbres et des arbustes à toutes les résidences royales » . Un peu plus tard, en 1577, Nicolas Houël, qui avait fondé une sorte d’hospice, sous le titre de Maison de la charité chrétienne, y avait joint un jardin des simples, «lequel, estant rempli de beaux arbres frui- « tiers et plantes odoriférantes , rares et exquises, de « diverses natures , devait apporter un grand plaisir et « une grande décoration pour la ville de Paris ». Tel est donc le premier jardin botanique qui ait été établi en France, et ce jardin fait encore partie aujourd’hui de l’école supérieure de pharmacie de Paris.
Ce Nicolas Houël, dont le nom ne figure dans aucune biographie, est, sans aucun doute, un des hommes les plus recommandables qu’ait produits le xvie siècle, et auxquels l’humanité ainsi que la science ont le plus de réelles obligations. Après avoir acquis dans sa profession une honorable fortune, il voulut l’appliquer tout entière à des fondations charitables et scientifiques. Il conçut la pensée de fonder un établissement « destiné à nourrir un certain nombre d’orphelins, à les élever et à les instruire dans Part de l’apothicairerie. Par le ministère de ces orphelins,, devaient être fournis et administrés gratuitement toutes sortes de médicaments convenables aux pauvres de la ville de Paris, sans que ceux-ci fussent obligés de sortir de leurs maisons pour aller à l’Hôtel-Dieu. Il y joignit une chapelle, une pharmacie complète, un enclos, nommé Jardin des simples, enfin un hôpital destiné aux voyageurs pauvres, et