‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 57 sur 145 · U VUE II · texte numérisé non relu

U VUE II

Cet oncle étant mort à la bataille de Zug (1531), J.- J. Ammian, professeur d’éloquence à Zurich, le prit chez lui, et dirigea ses études vers les sciences médicinales. Gesner les continua avec Thomas Platner, savant naturaliste et médecin, qui avait reconnu les rares aptitudes de son jeune élève. Celui-ci, soutenu par les bienfaits des chanoines de Zurich, alla d’abord à Strasbourg, où il apprit l’hébreu et s’occupa sérieusement de philologie. Sentant se développer en lui un penchant décidé pour la médecine, il vint en France, alla suivre à Bourges les leçons de Cujas, et s’y fixa avec Jean Frisius, son compatriote, savant orientaliste, qui devint par la suite recteur du collège de Zurich.

Conrad Gesner avait dix-huit ans quand il se décida à venir à Paris, où il se livra avec une sorte de passion à tous les genres d’études. Il dévorait, dit-il, tous les livres grecs, hébreux, arabes ou latins qui lui tombaient sous la main. Le subside qu’il recevait des magistrats de Zurich étant très-modique, il y suppléait en donnant des leçons. En 1556, il retourna à Strasbourg, où il acquit la réputation d’un prodige de savoir. Peu après il obtint une place au collège de Zurich, et il se maria. Cependant, ce modeste emploi ne pouvant lui suffire, il obtint des magistrats un nouveau subside à l’aide duquel il alla s’établir à Bâle pour y poursuivre ses études médicales. Deux ans après, il fut appelé à Lausanne, où il enseigna pendant trois ans les lettres grecques. Il alla ensuite à Montpellier, où il se lia d’une manière intime avec trois naturalistes éminents : Belon, Laurent Joubert et Rondelet; puis, en 1541, il vint à Bâle se faire recevoir docteur en médecine, et retourna à Zurich pour y

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exercer comme médecin et y occuper une chaire de philosophie.

C’est alors qu’il entreprit sa Bibliothèque universelle, véritable encyclopédie du xvie siècle, dont il rassemblait les matériaux depuis plusieurs années. Il publia à la même date quelques analyses et traductions d’auteurs grecs, et un Catalogue des plantes en quatre langues. La plupart de ces plantes étaient nouvelles et le fruit de ses propres recherches. En 1542, il fit plusieurs voyages en Suisse et en Savoie pour en étudier les productions naturelles. Il publia ses observations en vers latins, et y joignit un opuscule sur le lait et des remarques sur la beauté des montagnes. En même temps il donnait une traduction des Sentences de Stobée, une édition expurgée de Martial, une préface pour les œuvres de Galien, une autre pour Y Histoire des plantes de Tragus, un Traité des eaux minérales de la Suisse et de l’Allemagne et une description du mont Pilate, près de Lucerne.

,En 1545, Gesner alla à Venise, où il étudia les poissons de l’Adriatique, puis à Augsbourg pour compléter sa Bibliothèque universelle par une analyse sommaire de chaque ouvrage cité. De 1551 à 1560, il publia les cinq premiers livres de son Histoire naturelle. Il avait dessiné lui -même et fait graver à ses frais un nombre considérable de figures qui devaient en faire pirtie. Ces dépenses avaient absorbé presque toute sa fortune, ce qui ne l’empêcha pas de former le premier cabinet de zoologie qui eût encore existé. Des travaux si vastes et si désintéressés le firent nommer, en 1555, professeur d’histoire naturelle dans sa ville natale, chaire qu’il occupa jusqu’à sa mort.

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