‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 58 sur 145 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

L’empereur Ferdinand Ior, à qui il avait dédié son Histoire des jooissons, l’appela près de lui et l'anoblit. Revenu à Zurich, G. Gesner se livra de nouveau à la pratique de la médecine. La peste ayant éclaté dans cette ville en 1564, il donna aux malades les soins les plus assidus et les plus éclairés. L’année suivante, il finit par être atteint lui-même de la contagion, et fut enlevé au bout de cinq jours, à l’âge de quaranteneuf ans (décembre 1565), ne laissant après lui qu’une veuve sans enfants. Bien qu’il soit mort sans postérité directe, son nom fit longtemps l’honneur du pays qui l’avait vu naître. Son oncle, André Gesner, qui avait reçu trente-six blessures à la bataille de Zug, vécut encore trente-six ans après cet événement et occupa pendant plusieurs années les premières charges de sa ville natale. Cet oncle fut la souche des Gesner qui fleurirent dans les siècles suivants, et dont l’un, Salomon Gesner, fut l’auteur du Premier Navigateur et de la Mort d’Abel.

Le savoir universel de Conrad Gesner, qui lui valut le surnom de Pline de l'Allemagne, lui permit d’embrasser presque complètement le cycle des connaissances acquises à son époque. Outre les diverses branches de l’histoire naturelle et des autres sciences, il s’occupa avec succès des sciences philosophiques, de la logique, de la morale; il y joignit des recherches profondes en linguistique, en philologie. Les travaux qu’il laissa inachevés furent continués par Gaspard Wolf et par Camerarius, directeur du jardin d’Altdorf. Cuvier regarde son histoire naturelle comme la première base de la botanique et de la zoologie modernes. C’est un vaste magasin d’érudition, dans lequel les auteurs qui l’ont suivi ont puisé, souvent sans le citer.

BOTANIQUE

Bien que ses travaux de botanique aient moins servi à sa renommée que ceux relatifs à la zoologie, Gesner apporta dans cette science des vues fécondes qui ont largement servi à ses développements. C’est à lui nous l’avons dit, qu’on doit la première idée de classer les végétaux d’après les organes de la fructification. Cette idée capitale, qui depuis forma la base de la science botanique, ne fut pas admise dès le principe par tous les savants. D’autres méthodes furent même proposées dans le cours du même siècle, par Matthieu de l’Obel, par André Césalpin et plus tard par Fabius Columna; mais peu à peu ses vues nouvelles et lumineuses furent appréciées. Il avait remarqué que l’analogie des caractères principaux entraîne presque toujours celle des formes et des propriétés, ce qui l’amena à créer plusieurs groupes naturels. Il fit adopter le mot de genre pour réunir les espèces analogues. C’est lui qui eut le premier l’idée de donner aux plantes nouvelles le nom des naturalistes célèbres. Plumier lui en fit l’application à lui-même en donnant le nom de Gesneria à un arbuste de l’Amérique. Il est aussi le premier qui ait joint aux figures des plantes qu’il décrit les détails de leur organisation, et surtout ceux qui doivent servir à les classer. Il reconnut que l’ordre artificiel de leur classification repose sur la considération d’un caractère unique, tandis que l’ordre naturel doit se fonder sur l’ensemble et la valeur relative de tous les caractères: idée lumineuse qu’il ne fit qu’indiquer, mais qui n’en est pas moins le premier pas vers l’établissement de la méthode naturelle. Enfin il fixa la règle générale de la nomenclature, en donnant au genre un nom substantif, suivi d’un adjectif qualificatif pour indi-

Page 1