LIVRE II
quer l’espèce. Linnée, deux siècles après, généralisa ce système, qui s’appliqua successivement à plusieurs branches des sciences descriptives.
A Conrad Gesner se termine, relativement aux sciences naturelles, l’ère de la science antique, du moyen âge, et commence celle de la science moderne. Au milieu du mouvement général créé par les voyages et les découvertes de la même époque , il représente presque à lui seul tout l’avenir des sciences de la nature. Toutefois nous venons de prononcer le nom de quelques autres botanistes qui ne laissèrent pas de concourir, à leur manière, aux progrès de la connaissance des végétaux.
Matthieu de l’Obel, né à Lille (1538-1616), était médecin du prince d’Orange et botaniste de Jacques Ier, roi d’Angleterre. Plus connu sous le nom de Lobel, il eut aussi l’idée de l’association des plantes par groupes naturels. Son ouvrage intitulé : Stirpium adversaria (mémoires), etc., dédié à la reine Élisabeth, renferme plusieurs groupes caractérisés, comme les labiées, les personnées, les ombellifères, les gramens, les orchis, les mousses, les palmiers. On y trouve même, pour la première fois, l’importante distinction entre les plantes monocotylédonées et dicotylédonées , qui équivaut en importance à celle des vertébrés et invertébrés dans la zoologie. L’édition de 1581 , du livre de l’Obel, renferme près de 2000 figures. C’est à cet éminent botaniste qu’a été dédié le beau genre nommé Lobelia.
Le philosophe André Cesalpini d’Arezzo fit faire aux méthodes un pas encore plus considérable. Dans son ouvrage : De Plantis, qui contient 1 500 plantes, dont 750 nouvelles, il compare les semences à l’œuf des
BOTANIQUE
animaux. Il distingua d’une manière positive les plantes mâles des plantes femelles, il établit la première classification fondée sur des caractères tirés de l’organisation des plantes et propres à les faire reconnaître. Il distribua toutes celles alors connues en quinze classes assez tranchées pour qu’il fût facile de rapporter un végétal quelconque à l’une de ces divisions, puis il établit dans chaque classe un certain nombre de genres, qu’il réunit par la ressemblance de leurs principaux caractères. On voit que Cesalpini rendit à la botanique des services assez analogues à ceux qu’elle devait à G. Gesner. La logique, la méthode et l’érudition qui régnent dans son livre en font, selon Cuvier, une « œuvre de génie » qui éleva dès lors la botanique à son véritable rang parmi les sciences. Cesalpini devint professeur à l’université de Pise, médecin du pape Clément VIII, et mourut à Rome, en 1603, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Plumier lui dédia un genre de légumineuses, sous le nom de Cesalpinia.
On doit à Joachim Camerarius, de Bamberg, deux ouvrages précieux : Jardin médical, et les Symboles et Emblèmes tirés des 2->lantes et des animaux. Camerarius appartenait à une famille célèbre par son dévouement à la science, comme celle des Barbara à Venise, des Columna à Naples et celle des Bernouilli à Bâle. Il était médecin et directeur du jardin botanique d’Altdorf. Un de ses descendants ( Rodolphe- Jacques), dans une lettre publiée en 1694, émit la première idée d’une classification fondée sur la distinction des sexes, qu’il avait reconnus dans les végétaux , idée sur laquelle reposa plus tard la gloire de Linnée.