LIVRE
ZOOLOGIE
On a remarqué judicieusement, comme une singularité dans la marche des connaissances humaines, que l’étude du règne animal, et principalement de ce qui se rapporte à l’homme, est la dernière chose qui ait attiré son attention. Rien ne justifierait cette longue indifférence si l’on ne savait que l’anatomie fut retardée, au moyen âge, soit par certaines croyances, soit par l’horreur qu’inspiraient les dissections hu- . maines ; en sorte que l’on dut se borner longtemps à ce qu’on en pouvait apprendre dans les écrits de Galien, ou bien par la comparaison de l’organisation de l’homme avec celle de certains animaux. Quant à la zoologie générale , on ne comprend guère que cette science n’ait pas suivi les progrès des autres branches de l’histoire naturelle, puisqu’elle comportait un intérêt analogue et du même degré, et que c’est à coup
sûr l’une des sciences les plus capables d’élever l’esprit, tant par la variété et la magnificence des tableaux qu’elle déroule à nos regards que par l’importance des ressources qu’elle offre à nos besoins comme à notre industrie.
Les écrits d’Aristote, de Pline, d’Élien, de Nicandre, précieux vestiges de l’état de eette science
Paul Jovc.
dans l’antiquité, étaient encore au xv° siècle les seuls éléments qu’en possédassent les âges modernes. Albert le Grand et Vincent de Beauvais avaient peu ajouté à ces documents anciens. Ce fut seulement en 1524 que. l’historien Paul Jove publia un ouvrage intitulé : Des Poissons romains ( De Romanis Piscibus),
ZOOLOGIE
où l’on trouve des notions intéressantes sur les poissons d’Italie, et leur nomenclature exacte à l’époque où son livre fut écrit. Paul Jove, né à Côme, en 1483, vécut longtemps à Rome et en Toscane. En 1523, il devint évêque de Nocera. Son ouvrage contient l’histoire de quarante -deux poissons, comparés avec ceux décrits par les anciens. Il est écrit avec élégance, et il est surtout précieux au point de vue de la nomenclature et de la synonymie.
Au xve siècle, Nicolas Léonicène, de Lunigo, dont le nom de famille était Ognibene, médecin à Ferrare, puis professeur de médecine à Bologne, avait commenté les œuvres de Galien et relevé les nombreuses erreurs de Pline. Il publia un livre sur les serpents, en partie extrait des poèmes de Nicandre. Léonicène, penseur indépendant et très-érudit, s’efforça de relever la médecine hippocratique, réfuta la doctrine d’Avicenne et les fautes des commentateurs des Grecs. A ce titre, il mérita les éloges de la postérité; car, malgré les attaques d’Hermolaiis Barbaro, il est un des premiers qui rejeta la vaine autorité de la tradition, pour entrer dans la voie de l’observation directe. Léonicène vécut quatre-vingt-seize ans. On lit dans Tiraboschi que quelqu’un lui ayant demandé comment il avait pu conserver sa santé jusqu’à un si grand âge, il répondit : « L’innocence de ma vie m’a « conservé les forces de l’âme, et la tempérance celle « du corps. »
Une des premières bases de la zoologie moderne fut posée par Pierre Gilles (Gyllius) d’Alby, qui, protégé et encouragé par le cardinal d’ Armagnac, évêque de R.odez, voyagea d’abord en Italie, recueillit tout ce qui était alors connu sur l’histoire des animaux et