‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 66 sur 145 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Conrad Gesner à une des places les plus éminentes dans l’histoire des sciences naturelles; un Traité des Fossiles , des Pierres et des Gemmes ; un Traité des Eaux minérales de la Suisse ; une description du mont Pilate, près de Lucerne, et plusieurs autres travaux , rappelleront son nom parmi ceux à qui la connaissance des minéraux doit ses meilleurs progrès durant le même siècle. Doué d’une vaste mémoire ^ d’une érudition prodigieuse et d’une activité sans égale, il était versé dans presque toutes les connaissances humaines. Sa Bibliothèque universelle contient les titres de tous les ouvrages manuscrits ou imprimés depuis la découverte de l’imprimerie. Dans un autre livre, Mitliridate, etc., il compara la plupart des idiomes connus. On y trouve un tableau polyglotte de l’Oraison dominicale en vingt-deux langues. Dans sa jeunesse, il avait donné quelques éditions des auteurs grecs; plus tard, il publia uue traduction complète des Œuvres d’Élien; en un mot, son génie vaste et universel semble dominer toute la science de son époque, et ses travaux servirent de règle ou de modèle à tous ceux qui furent entrepris après lui , dans la même vue de progrès scientifique.

Il serait difficile de séparer du nom de Conrad Gesner celui de John Key (Caius), de Norwich, médecin d’Édouard VI , de Marie Stuart et d’Élisabeth, fondateur à Cambridge d’un collège qui porte encore son nom, et qui publia deux ouvrages de zoologie, tous deux à la date de 1570. Caius était l’ami , le correspondant le plus zélé de Conrad Gesner, à qui il fournit d’utiles et précieux matériaux pour la plupart de ses ouvrages.

La zoologie s’enrichit, quelques années plus tard,

ZOOLOGIE

des travaux d’Ulysse Aldrovande, de Bologne, compilateur infatigable, qui eût rendu de plus grands services à la science s’il eût apporté dans ses recherches autant de critique et de goût que de patience et de zèle. Il appartenait à une famille patricienne, et commença par voyager. Au retour, il forma un riche cabinet d’histoire naturelle, une bibliothèque nombreuse, et se mit à publier ses recherches, auxquelles il joignit vingt volumes de figures d’animaux, toutes peintes et coloriées. Il y consacra sa fortune entière et mourut aveugle et pauvre , à l’hôpital de Bologne, à l’âge de soixante-dix-huit ans, après avoir légué à sa ville natale tous les matériaux qu’il avait réunis, et qu’elle possède encore. Aldrovande ne publia lui-même que les quatre premiers volumes de ses œuvres; les autres furent imprimés par les soins de sa veuve et de ses élèves, aux frais du sénat de Bologne. L’ouvrage entier forme quatorze volumes in-folio, qui, outre la zoologie, traitent encore des minéraux et des arbres. Le dernier volume ne parut que soixante ans après la mort de l’auteur. Ce que cet ouvrage renferme de plus précieux, ce sont les figures, que l’on peut encore consulter avec fruit. Le temps considérable employé à sa publication a permis d’y joindre les nouvelles découvertes faites par les voyageurs dans les deux hémisphères. Malheureusement le tout manque d’ordre, de méthode, et ne doit être étudié qu’avec une certaine défiance. L’ouvrage de Conrad Gesner et celui d’ Aldrovande représentent assez complètement l’état de l’histoire naturelle des animaux au xvie siècle. Ce furent d’excellentes bases pour les études qu’inspira le goût de cette science dans le cours des siècles suivants.

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