LIVRE III
Il faut aussi tenir compte de quelques autres naturalistes qui, vers la fin de la même époque, publièrent des travaux intéressants relatifs à des parties spéciales de la zoologie. Tel est Fabio Columna, de Naples, que nous avons cité en traitant de la botanique, qui donna un ouvrage de conchyliologie, et un autre sur le mollusque qui produit la pourpre. Pierre Olina, de Lombardie, publia un traité de l’oisellerie, accompagné de fort bonnes figures gravées sur cuivre. Le Traité des Insectes de Thomas Moufet, médecin anglais, commencé par Edouard Wotton, bien que terminé à peu près à la même époque, ne parut qu’en 1655, et appartient, par conséquent, à une époque postérieure.
Naturalistes voyageurs. — Les ouvrages de Conrad Gesner et d’Aldrovande avaient donné un véritable et heureux élan à l’étude de la zoologie. Les découvertes maritimes , qui ne cessaient de s’accroître, inspiraient aux hommes qu’animait le zèle de la science l’idée d’aller chercher dans d’autres régions de nouveaux objets d’étude. Les contrées du nord de l’Europe étaient encore peu connues. L’empire de Russie, fondé à la fin du x° siècle, mais longtemps assujetti à la domination des Tartares, avait enfin secoué le joug, et venait de s’asseoir sur des bases solides. Un ambassadeur de l’empereur Maximilien, SigismondHerberstein, après y avoir séjourné plusieurs années, publia un ouvrage, où l’on trouve,
ZOOLOGIE
en même temps que l’histoire alors fort ignorée de la Russie, de nombreux détails sur la géographie, les mœurs, la puissance de cette contrée, sur les animaux qui l’habitent et ses autres productions naturelles. Un jésuite italien, Posserino, envoyé de Grégoire XIII, et surtout Olaüs Magnus, archevêque
Léon l’Africain accueilli par le pape Léon X.
d’Upsal , fournirent aussi sur le même pays des documents auxquels il faut accorder moins de créance, bien qu’ils ne soient pas dépourvus d’intérêt.
D’autres voyageurs explorèrent les pays qui entourent la Méditerranée. Le chanoine Breydenbach , de Mayence, qui, vers la fin du siècle précédent, avait
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fait un long voyage dans la Terre-Sainte, et Léonard Rauwolf, médecin d’Augsbourg, qui, pour la première fois, avait parlé du café (1581), publièrent des relalations de leurs voyages en Orient, où l’histoire naturelle ne fut pas oubliée. Après Tierre Belon, dont nous avons plus d’une fois cité les travaux, le Vénitien Prosper Alpini parcourut l’Égypte. Il visita Alexandrie, le Caire, et, devenu professeur à Padoue, outre un ouvrage sur les plantes d’Égypte, il publia deux volumes sous le titre de : Histoire naturelle de l’Egypte. Enfin Jean Léon, surnommé V Africain, visita l’Égypte, l’Arabie, la Perse et l’Arménie. Jean Léon, né à Grenade, d’une famille maure qui, après la prise de cette ville, l’emmena en Afrique , avait fait ses études à Fez, dans les écoles arabes. Au retour d’un de ses voyages, il fut pris par les chrétiens sur la côte de Tripoli, et conduit à Rome, où, sur sa réputation de savant, il fut bien accueilli de Léon X, qui le baptisa. Il ne tarda pourtant point à retourner en Afrique, où il mourut. On lui doit un e Description de l’Afrique, écrite en arabe, mais qui a été traduite en italien, en latin et en français.
Parmi les voyageurs qui explorèrent l’Amérique, on distingue d’abord Gonzalve d’Oviedo, gouverneur de l’île d’Haïti, aujourd’hui Saint-Domingue, qui publia en espagnol une Histoire générale et naturelle des Indes occidentales ; Joseph d’Acosta, missionnaire du Pérou, à qui l’on doit une Histoire naturelle et morale des Indes, et François Hernandez, médecin de Philippe II, qui l’avait chargé de recueillir au Mexique toutes les productions naturelles des trois règnes. Son livre intitulé : Nouvelle Histoire des plantes, des animaux et des minéraux du Mexique, renferme
ZOOLOGIE
surtout de belles figures, exécutées à grands frais. C’est encore aujourd’hui un des ouvrages les plus importants que nous possédions sur l’histoire naturelle du Mexique-
Dans le cours du xvic siècle les Français établirent au Brésil une colonie qui eut une assez courte existence. Pendant cette période, André Thevet, d’Angoulême, composa un petit ouvrage ayant pour titre : Singularités de la France antarctique. En 1578, Jean de Léry, né en Bourgogne, en 1534, publia, à Rouen, son Voyage en Amérique, avec la description des animaux et des plantes de ce pays. Les travaux du même genre qui parurent dans le cours du siècle suivant sont principalement dus aux Hollandais.
Anatomie. — La zoologie a des rapports intimes avec l’anatomie humaine; car elle n’est autre chose qu’une comparaison constante des organes des animaux avec ceux de l’homme. Bien que cette science, en raison de ses connexions avec la médecine, eût dû suivre dans son développement toutes les phases de l’art de guérir, elle resta, pendant toute la durée du moyen âge, au point où l’avaient amenée les travaux de Galien. Les Arabes , tout en s’occupant beaucoup de botanique et de matière médicale, négligèrent l’anatomie, parce que leurs dogmes religieux proscrivaient les dissections. Ils se bornèrent par conséquent à traduire les œuvres de Galien en syriaque et en arabe. Les Européens les étudièrent d’abord dans ces traductions, dont ils ne connurent que plus tard le texte original.
Ce fut l’empereur Frédéric II qui, le premier, autorisa les dissections dans l’école de Salerne, encore