‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 68 sur 145 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

fallait-il en obtenir la permission du pape. Au xive et au xve siècle , les professeurs ne connaissaient encore et ne suivaient dans leur enseignement que le traité de Mundinus, de Bologne, qui, dans tout le cours de son professorat, n’avait disséqué que trois cadavres. Gui de GhauMac , chirurgien des papes d’Avignon, auteur d’un traité de chirurgie longtemps classique, s’était appuyé lui-même sur celui de Mundinus. Laurent Joubert, de Montpellier, ami et contemporain de Belon et de Rondelet, en donna, en 1587, une excellente traduction française. Au commencement du même siècle, deux commentateurs du professeur de Bologne ajoutèrent h la science quelques observations nouvelles. L’un d’eux est Gabriel de Zerbis, professeur à Padoue et à Rome. Zerbis était un homme violent et d’une vie très -dissipée. Il fut envoyé en Turquie pour traiter un pacha qui l’avait demandé à la république de Venise; mais, celui-ci ayant succombé, Zerbis fut mis à mort. Le second est Alexandre Achillini, qui, dans son Traité de l’Anatomie du corps humain , fit faire quelques nouveaux progrès à la science. Il découvrit les nerfs de la quatrième paire , observa mieux qu’on ne l’avait fait avant lui le mécanisme de l’oreille et les valvules du cœur. Son premier ouvrage avait pour titre : Remarques sur V Anatomie de Mundinus.

Le meilleur anatomiste du même temps est Béranger de Carpi, de Modène, aussi professeur à Bologne, de 1502 à 1527. A l’exemple de quelques savants et artistes de cette époque, il mena une vie aventureuse et dissolue. Il avait disséqué plus de cent cadavres. Ayant été accusé d’avoir disséqué des hommes vivants, il fut exilé, et se réfugia è

ZOOLOGIE

Ferrare , où il mourut en 1550. Outre un commentaire de Mundinus, il laissa sur le même sujet un second ouvrage, qui se distingue par des découvertes réelles. Carpi démontra le premier que l’homme , par sa conformation , est destiné à marcher debout. Son livre contient quelques figures gravées sur bois , assez grossières , à la vérité , mais qui sont les premiers essais de cette nature appliqués aux détails anatomiques.

A partir de cette époque, l’anatomie prit faveur et se développa d’une manière assez rapide, grâce à ses applications à la peinture et à la sculpture, deux arts qui déjà préludaient aux triomphes que leur réservait le cours du même siècle. Verocchio, Giorgione, Bramante, montraient à Léonard de Vinci, à Titien, à Michel-Ange et à Raphaël tout le parti que les beaux arts pouvaient tirer de cette étude. Quelques-uns même s’y livraient avec passion et devinrent de véritables anatomistes. Marc-Antoine Raimondi appliquait les mêmes connaissances à l’art de la gravure, et, en Allemagne, Albert Durer, émule et contemporain de ces grands artistes, écrivait avec un vrai talent, sous le titre : De la Symétrie des parties du corps humain (1525), un véritable traité d’anatomie pittoresque.

L’anatomie fut professée pour la première fois en France par Jean Gonthier (Gunther), né à Andernach, en 1487, et mort à Strasbourg, en 1574, à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Il avait professé le grec à Louvain, et s’était fait recevoir docteur à Paris. Gonthier devint médecin de François Ier, et fut anobli par l’empereur Ferdinand. Au lieu de s’appuyer sur Mundinus, il remonta au texte même de Galien et montra

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