LIVRE III
le premier les nombreuses fautes des traductions arabes. Il publia un ouvrage intitulé : Institutions anatomiques, etc., plusieurs fois réimprimé. Un mot, d’ailleurs, suffit pour signaler l’éminent mérite de Gonthier d’Andernach : il fut le maître de Michel Servet, de Sylvius, de Rondelet, de Charles Estienne; Yésale, Eustache et Fallope sortirent de son école : nous venons de nommer presque tous les grands anatomistes qu’ait produits le xvie siècle.
L’Espagnol Michel Servet était né en 1509, à Villanova, en Aragon. Il s’occupa d’abord de théologie et ne tarda pas à se déclarer antitrinitaire. Ayant émis des propositions fort opposées aux dogmes, il fut poursuivi par l’inquisition, quitta l’Espagne et vint étudier la médecine à Paris. D’une humeur mobile et d’un caractère ardent, il changea souvent de résidence. Il fut successivement professeur de mathématiques, médecin et correcteur d’imprimerie. En 1533, il était médecin de l’archevêque de Vienne en Dauphiné. Ses opinions religieuses le firent remarquer de Calvin, qui l’attira à Genève; mais Servet ayant attaqué quelques-unes des idées du réformateur, ce dernier le poursuivit avec acharnement et le lit condamner au feu (1553). Servet imprimait alors un ouvrage intitulé : Réforme du Christianisme , qui fut également brûlé. Il en resta cependant deux exemplaires, où l’on remarque un point de physiologie fort important : la circulation pulmonaire, qui s’y trouve exprimée d’une manière assez nette. La grande circulation ne fut découverte par Harvey que cent ans après.
Charles Estienne, que nous avons déjà cité comme agronome, appartenait à la célèbre famille d’imprimeurs du même nom. Son livre sur la Dissection du
ZOOLOGIE
corps humain est un ouvrage original et fort estimable pour l’époque; il renferme beaucoup de choses alors nouvelles sur les cartilages, les glandes, les ligaments de l’épine, sur l’œil, etc. Bien qu’il ait été effacé par celui de Vésale, son ouvrage n’en tient pas moins une place fort honorable dans l’histoire de la science.
Jacques Dubois, plus souvent nommé Sylvius , traduction latine de son nom, fut un des premiers élèves de Gonthier d’Andernach, et devint le maître de plusieurs anatomistes distingués. Il était né à Amiens, en 1531, et professa longtemps à Paris. Sylvius, comme son maître, interpréta les ouvrages d’Hippocrate et de Galien d’après les textes originaux. Son enseignement eut beaucoup de succès, et ses cours réunissaient de nombreux auditeurs. Ce fut lui qui donna le premier un nom spécial aux muscles, que Galien n’avait désignés que par des numéros. Sa découverte des valvules et des veines fut un pas important qui devait conduire a la découverte de Harvey. Sylvius acquit une assez fâcheuse célébrité à l’occasion de ses disputes avec Vésale, lequel avait montré que Galien n’avait disséqué que des animaux. Les attaques de Sylvius furent empreintes d’une aigreur qui alla jusqu’à la brutalité et même à la mauvaise foi. Son caractère était sombre, haineux, et son avarice était passée en proverbe '.
Nous arrivons aux trois plus illustres disciples de Gonthier d’Andernach : Vésale, Fallope et Eustache, que l’on ajustement nommés les triumvirs de l’anatomie au xvic siècle. André Vésale, contre qui Sylvius
1 Elle donna lieu à ce distique de Buchanan, affiché, dit-on, à la porte de l’église, le jour de son enterrement :
Sylvius hic situs est gratis, qui nil dédit unquarn ;
Mortuus et gratis quod legis ista dolet.