LIVRE
exerça si violemment son humeur atrabilaire, fut, à coup sûr, le plus grand anatomiste de cette époque. Il était né à Bruxelles , en 1514. Son père était pharmacien de l’empereur Maximilien, et sa famille était originaire de Wesel, dans le duché de Clèves, d’où
Vésale.
elle tirait son nom. Il fit ses premières études à Louvain, étudia la médecine à Montpellier, si célèbre dès lors comme dépositaire des connaissances des Arabes ainsi que de celles de l’antiquité, et vint continuer ses études à Paris sous Gonthier, puis sous Sylvius et Fernel. Il fit ses premières découvertes à l’âge de vingt-deux ans. Il était alors très-difficile de se pro-
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curer des sujets anatomiques. Vésale poussa le zèle pour cette science jusqu’à la témérité, en pratiquant des recherches auxquelles on a donné depuis le nom de vivisections , et jusqu’au point de compromettre sa propre existence. Sa renommée se répandit rapidement. En 1536, il était professeur à Louvain, et Charles- Quint le nommait premier médecin de son armée. En 1540, la république de Venise l’appelait à Padoue, où il professa pendant plusieurs années; puis il alla à Bologne et à Pise. Les professeurs passaient alors fréquemment d’une contrée à une autre, parce que les leçons se faisaient partout en latin. Il suivit aussi (îharles- Quint à Madrid, où, les sujets anatomiques lui faisant totalement défaut, il éprouva de grandes difficultés pour poursuivre ses recherches. Il ouvrait, dans cette dernière ville, le corps d’un gentilhomme, afin de constater les causes de sa mort, lorsqu’au moment où il pénétrait dans la poitrine, les assistants crurent apercevoir que le cœur palpitait encore. Ses compétiteurs, c’est-à-dire ses ennemis, saisirent cette occasion redoutable. Vésale fut condamné à faire un voyage en Terre-Sainte et partit pour Jérusalem. La république de Venise intercéda, obtint son rappel et lui offrit la chaire deFallope, autrefois son élève, et qui venait de mourir à Padoue. Il voguait vers l’Italie, lorsqu’il fit naufrage dans l’ile de Zante, où, épuisé de fatigue et dénué de secours, il mourut de faim, en 1564, à l’âge de cinquante ans.
La grande anatomie de Vésale a pour titre : De la Composition du corps humain. Cet ouvrage, divisé en sept livres, fut publié, à Bâle, en 1543. L’auteur avait alors vingt-huit ans. La nouveauté et l’importance des détails qu’il renferme en firent, dès le principe,
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un ouvrage classique et capital. Les planches gravées sur bois qui l’accompagnent, et qui sont de la plus grande beauté, avaient été exécutées en Italie, ün a dit qu’elles furent dessinées par Titien, ou par un de ses meilleurs élèves. La clarté et l’élégance du texte ajoutent encore à son mérite. Vésale s’était appliqué à prouver que Galien avait fait ses descriptions d’après des animaux, et non d’après le corps humain. Cette démonstration, qui est très-fondée dans la plupart des cas, fut la source des attaques violentes de Syivius, qui, ayant été son maître, ne lui pardonnait pas de l’avoir surpassé, et même de Fallope, qui avait été son élève, et dont il faillit être le successeur. On conçoit toute l’importance qu’avaient ces disputes, à une époque où l’autorité des anciens était encore l’objet du respect général. Vésale se défendit faiblement : d’une part, parce qu’il n’aimait pas la discussion ; de l’autre, parce qu’au moment oii s’élevèrent ses débats avec Syivius, il était en Espagne, où, ne pouvant se procurer des pièces anatomiques, il était obligé de citer de mémoire. Sa défense se trouvait insérée dans un opuscule qui se rapportait en même temps aux propriétés du quinquina, alors récemment découvert, et qui venait de rendre la santé à Charles-Quint. Quoi qu’il en soit, l’anatomie de Vésale n’en est pas moins le véritable point de départ de toute l’anatomie moderne. A dater de cette époque, chaque découverte nouvelle est venue s’ajouter individuellement, pour la compléter, à la masse imposante des faits qui font de ce grand ouvrage la base de toute science anatomique.
Le second des grands anatomistes de cette époque est Gabriel Fallope (Fallopio), de Modène '(1523) ,
André Vesale meurt de faim dans l'île de Zante.
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mort à Padoue, à l’âge de quarante ans. D’abord professeur à Ferrare et à Pavie, il vint à Padoue, où il remplaça Vésale, lorsque celui-ci fut nommé premier médecin de Charles-Quint. Fallope fit des découvertes importantes dans plusieurs parties de l’anatomie et de la chirurgie. Il décrivit habilement les os du foetus, découvrit plusieurs muscles, les nerfs crâniens, le canal nasal et les annexes de l’utérus auxquelles il donna son nom ( trompes de Fallope ), etc. Ses attaques contre Vésale, beaucoup moins violentes que celles de Sylvius, ne sont pas toujours mieux fondées, et, dans le fond, son ouvrage principal n’a pas d’autres bases que celui de son célèbre adversaire : il est intitulé : Observations anatomiques; seulement il y fit de nombreuses additions, qui lui donnent un caractère plus original.
Barthélemi Eustache, de San- Severino , dans le royaume de Naples, professa l’anatomie à Rome jusqu’à sa mort, arrivée en 1570. Il prit aussi contre Vésale la défense des anciens, et il y apporta la même violence que Sylvius. On a de lui un traité sur les Reins, imprimé à Venise, et un autre sur les Dents. Il donna, dans celui-ci, le premier exemple d’üne étude anatomique commencée dans le fœtus et continuée jusqu’à l’âge adulte, afin de suivre les développements d’un organe. Son Examen des os est encore une critique de Vésale sans bonne foi et sans modération. Eustache était un homme ardent et laborieux; il enrichit de ‘plusieurs découvertes la connaissance de l’organisation humaine. Le canal qui va de l’oreille interne à l’arrière-bouche a conservé son nom ( trompe d'Eustache), bien qu’il ait été découvert avant lui. Il préparait un ouvrage général d’anatomie que la mort