LIVRE I
quement dans cette ville les ouvrages de Platon et d’Aristote. Plus tard, Manuel Philé, d’Éphèse, poëte grec du xmc siècle, laissa un Traité des Animaux, tiré d’Élien; mais ce travail, ainsi que les divers écrits dus à l’école byzantine, n’ajouta pas beaucoup aux connaissances scientifiques du moyen âge.
C’est dans l’empire d’Orient que prit naissance, presque en même temps que Y alchimie, la médecine talismanique, c’est-à-dire l’emploi des symboles , des gemmes (abraxas) , des pierres gravées: pratiques empruntées aux religions de l’Orient. Mais c’est surtout à l’alchimie que l’on s’adonna d’une manière particulière; c’est de là qu’elle se répandit chez les Arabes et plus tard en Europe , où elle fleurit principalement au xiii0 et au xve siècle. C’est là que nous ne tarderons pas à la retrouver, pour en suivre les phases, jusqu’au moment où elle donna naissance à la chimie rationnelle, l’une des branches les plus avancées de la science moderne.
Les néoplatoniciens furent longtemps à la tête de la lutte entre les anciennes et les nouvelles doctrines. Dès la fin du second siècle de l’ère chrétienne , Ammonius avait cherché à mettre en harmonie les systèmes de Platon et d’Aristote. Plotin, son élève, s’adonna aux rêveries mystiques, à l’extase, qu’il regardait comme l’intuition divine. Il eut pour disciples Amelius et Porphyre. Leur secte prit le nom d 'Illuminés, parce qu’ils croyaient que la lumière était le véhicule des âmes entre la terre et les régions célestes. Jamblique, mort au iv« siècle, avait donné à ces doctrines une forme systématique. Sa lettre sur les Mystères des Égyptiens devint comme l’évangile des thaumaturges. Ce fut lui qui répandit l’usage
des symboles et qui parla le premier des écrits d’Hermès, dont il portait le nombre à vingt mille; aussi l’alchimie, chez les Byzantins, porta-t-elle le nom de Philosophie hermétique.
Proclus, né à Constantinople, au vc siècle, fut le successeur immédiat de Jamblique. Ses disciples, Marinus , Simplicius , Isidore de Gaza et Asclépiodore , qui s’occupèrent aussi d’histoire naturelle, soutinrent cette philosophie jusque dans le cours du siècle suivant; mais, en 529, l’empereur Justinien, après avoir fermé les écoles d’Athènes, expulsa de l’empire d’Orient les derniers néoplatoniciens, qui se réfugièrent en Perse. Déjà l’Église chrétienne avait partout remplacé leurs fausses doctrines. L’école néoplatonicienne avait duré environ trois cents ans.
Les historiens reconnaissent quatre époques pendant lesquelles brilla, sur divers points, l’éclat le plus vif de la civilisation, à savoir: les siècles de Pôriclès, d’Auguste, de Léon X et de Louis XIV. Ils semblent avoir oublié une cinquième époque : celle de la civilisation arabe, sous les califes d’Orient, du ixe au xie siècle, et des Abdérames , sous les califes de Cordoue.
Cette dernière époque est d’autant plus curieuse a examiner, qu’au point de vue de l’histoire scientifique elle sert de transition entre les temps anciens et les temps modernes, et comble une lacune importante qui s’étend depuis l’invasion des barbares et les premiers siècles du moyen âge, jusqu’au réveil du génie de la science qui éclata au xme et au xve siècle de notre ère.