LIVRE
l’empêcha de publier, et qui ne fut mis au jour qu’au commencement du xvme siècle, par Lancisi. Ce dernier montra qu’Eustache avait connaissance de plusieurs faits dont la science s’était enrichie depuis sa mort et avant la publication de ses travaux.
Après ces grands fondateurs de l’anatomie moderne se présentent, en seconde ligne, J. -B. Canoni, professeur à Florence, auteur d’un bon ouvrage d’ Anatomie pittoresque , et J. -Philippe Ingrassias, de Palerme, professeur à Naples, savant d’un ordre supérieur, qui donna un fort bon commentaire du Traité des Os , de Galien. Ingrassias, qui publia aussi d’excellentes descriptions ostéologiques, délivra Palerme de la peste (1558), en instituant les premiers lazarets; bienfait que les Siciliens reconnurent en lui élevant une statue. Vidus Yidius, ou Guido Guidi, Florentin, professa le premier l’anatomie au collège de France , et devint médecin de François Ier. Après la mort du roi, il se retira à Pise, où il mourut, en 1569. Il est auteur d’un Traité d' Anatomie, publié à Venise, en 1611. 11 faut citer encore Realdus Columbus, de Crémone, élève et successeur de Vésale, qui publia des expériences intéressantes sur la respiration et sur la circulation pulmonaire; Jérôme Fracastor, médecin savant et poète illustre, qui écrivit sur les maladies contagieuses ; Léonard Botal , d’Asti en Piémont, élève de Fallope, médecin de Charles IX et de Henri III, qui décrivit la perforation du cœur dans le fœtus, encore appelée trou de Botal; Constant Varole, professeur à Bologne, qui donna son nom à une protubérance du cervelet qu’il remarqua le premier, et laissa un bon ouvrage d’anatomie ; enfin Charles Ruini, sénateur de Bologne, auteur d’une Anatomie
ZOOLOGIE
du cheval, que l’on regarde comme la meilleure monographie anatomique de cette époque.
On voit que c’est encore de l’Italie que partit la principale impulsion donnée à la science anatomique. Cependant des travaux estimables l’enrichissaient en même temps sur d’autres points. En Allemagne, Léonard Fuchs, le botaniste bavarois, donnait une Anatomie complète, fondée en grande partie sur les travaux de Vésale; Félix Plater, de Bâle, qui professa pendant cinquante ans, publiait un Traité des Parties du corps humain , où l’on trouve de nouveaux détails sur l’organisation de l’oeil; et Volcher Coiter, de Groningue, élève de Fallope et de Rondelet, donnait un Traité d’ Ostéoloyie , avec de bonnes figures sur cuivre. En France, les anatomistes s’adonnaient spécialement à l’art de la chirurgie, c’est-à-dire à l’application la plus directe et la plus utile des connaissances anatomiques, ainsi que nous l’allons voir bientôt.
L’anatomiste le plus éminent qui termine cette seconde moitié du xvie siècle (car Harvey, bien qu’il soit né en 1578, semblerait plutôt appartenir au siècle suivant), est Jérôme Fabricius d’Acqua pendente, né en J 537, élève de Fallope, qui professa également à Padoue pendant un demi-siècle, et y jouit d’une réputation justement méritée. Sa renommée s’accrut surtout par le succès des soins qu’il donna à Fra Paolo Sarpi, célèbre dans l’histoire ecclésiastique, que ses ennemis avaient poignardé. La république Vénitienne récompensa Fabricius, en le nommant chevalier. Ce savant est le véritable créateur de Y Anatomie comparée. On trouve, dans ses écrits, une multitude d’observations aussi nouvelles que fécondes en déductions générales. Ses découvertes eurent surtout