‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 72 sur 145 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

pour objet l’oreille, la vue, l’organe de la voix, le fœtus, les veines, les mouvements du corps, l’ovologie, etc. Il avait préparé un grand ouvrage , pour lequel il avait déjà fait graver plus de 300 planches, précieux matériaux qui ont été perdus et que la science ne saurait trop regretter.

Médecine. — L’art médical, qui eût dû profiter le premier des nombreuses acquisitions que faisaient incessamment la zoologie, la botanique, l’anatomie, était loin pourtant de s’avancer du même pas que ces diverses sciences. Cependant de louables efforts tendaient à arracher la médecine à sa léthargie, ou plutôt à ses erreurs. Des commentateurs érudits s’appliquaient à ramener àsa pureté, à sa simplicité primitives la doctrine hippocratique. Léonicène, Gonthier d’Andernach, Léonard Fuchs, Duret, Jean de Gorris, Baillou, Mercuriali, faisaient revivre le texte des écrits du médecin de Cos. Parmi eux se distinguaient le savant et judicieux Fernel , médecin de Henri II, le Celse des temps modernes, l’un des praticiens les plus éclairés du xvi° siècle. Fernel, véritable éclectique, résuma et coordonna tout ce que ses prédécesseurs et ses contemporains avaient établi d’important, dans un ouvrage intitulé : La Médecine universelle , qui eut plus de trente éditions. Il soutint , contre l’opinion d’Ai'istote, que le cèrveau est le siège de l’âme et qu’il contient l’origine de tous les nerfs. Il remarqua le premier que les principaux caractères phy-

ZOOLOGIE

siques qui distinguent l’homme sont la faculté de se tenir debout et de regarderie ciel, l’ampleur de son cerveau et la conformation de sa main.

On commença à étudier la séméiologie ou l’art d’observer les signes des maladies; on découvrit des moyens thérapeutiques puissants; Félix Plater essaya, pour la première fois, de disposer le catalogue des maladies connues , suivant une classification systématique; Dodonée, Prosper Alpin, Riolan, s’efforcèrent de dégager l’art des pratiques irrationnelles. Il était évident que la médecine préludait à une réforme plus ou moins radicale ; mais il était à craindre que cette révolution ne fût mal dirigée, et c’est précisément ce qui arriva.

Des circonstances de diverses natures contribuèrent à hâter cet événement. Après avoir sapé l’édifice de la médecine arabe, des hommes éclairés et de bonne foi attaquèrent, avec un certain succès, le système de Galien. Le Piémontais J. Argentario s’intitula le chef d’une secte qui s’éleva ouvertement contre les doctrines du médecin de Pergame. Son compatriote Louis Botal soutint une lutte assez vive contre les pratiques de l’école Galénique , et fit prévaloir, dans la plupart des cas, l’emploi de la saignée sur celui des purgatifs. D’une autre part, les préjugés relatifs à la démonologie, à l’art cabalistique, tenaient encore un certain rang dans l’opinion même des hommes de savoir. En vain l’astrologie et l’alchimie avaient été proscrites; ces deux prétendues sciences étaient encore enseignées sérieusement dans quelques écoles , et des hommes d’une haute portée ne se défendaient point d’en être partisans : Pic de la Mirandole, Georges Agricola, Jean Bodin,

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