LIVRE lll
Jérôme Cardan, Th. Éraste, en étaient les ardentsdéfenseurs; et Félix Plater, Ambroise Paré, Fernel luimême, n’étaient pas éloignés d’y ajouter foi.
Dans le cours du même siècle, la peste et plusieurs épidémies qui éclatèrent à diverses reprises , jetèrent un trouble profond dans les idées des médecins. Les uns demandèrent des moyens curatifs à l’astrologie , aux pratiques les plus bizarres et les plus ridicules; d’autres, à la pharmacie des Arabes. Ces moyens épuisés, on eut recours à l’alchimie, qui en offrit de tout nouveaux, dont quelques-uns se montrèrent plus efficaces et attirèrent vivement l’attention des observateurs sérieux.
C’est dans cette situation que se trouvaient les esprits lorsque Paracelse se présenta comme le promoteur d’une réforme absolue dans les doctrines médicales. Nous parlerons plus loin de sa personne, à l’occasion de ses travaux en chimie. Comme médecin, il ne fut pas moins célèbre par son audace, ses premiers succès, ses déceptions et sa fin déplorable. Nous n’avons h rappeler, h cette place, que le système qui a porté son nom, si l’on peut donner ce litre aux doctrines fort incohérentes qu’il soutint, mais qui eurent une influence réelle sur la marche de la médecine pendant et après l’apparition de ce singulier personnage.
Il fallait au réformateur une doctrine nouvelle propre à remplacer celle qu’il voulait détruire. Il la composa de toutes pièces et de toutes sortes d’éléments. Il prit pour point d’appui la religion et les livres saints , la Bible et en partiçulier l’Apocalypse , auxquels il joignit quelques principes de panthéisme, empruntés à l’école Éléatique.«Levrai médecin, dit-il,
ZOOLOGIE
est inspiré par la Divinité elle-même : Dieu honora de son apparition Apollon, Esculape, Hippocrate, et leur accorda le génie médical. » Il fonda sa théorie physiologique sur l’application de l’astrologie aux fonctions du corps humain. Il plaça dans les astres le principe de la force vitale : le soleil agit sur le cœur et le bas-ventre, la lune sur le cerveau, Jupiter sur la tête et le foie, Saturne sur la rate, Mercure sur le poumon, Vénus sur les reins, etc. Il regarde la vie comme un esprit qui dévore la matière corporelle. Il croit aux songes pour la révélation des moyens médicaux. L’homme étant composé d’un corps et d’un esprit, il pense qu’on ne peut agir sur la partie spirituelle qu’à l’aide des moyens pris en dehors des phénomènes ordinaires de la nature , et en établissant des rapports immatériels entre les astres et l’âme ou l’esprit humain. La magie est pour lui le point culminant des sciences, et son étude est la première condition à remplir pour celui qui veut aborder la carrière médicale. Enfin il va jusqu’à affirmer que, par le moyen de la cabale et de l’alchimie, on peut rétablir la santé, conserver la vie et même créer des êtres animés ( homunculi ).
Toutes ces nouveautés étaient bien de nature à remuer les imaginations, à bouleverser toutes les idées admises; mais Paracelse ne s’en tint pas là : il voulut, dès son début, frapper de grands coups. Après avoir brûlé publiquement les écrits des anciens et ceux des Arabes, après s’être placé lui-même fort au-dessus de tous ses prédécesseurs, il se constitua le fondateur et le chef d’une secte à laquelle il donna le nom de Chémiatrique (ou chimiatrie) '. Les prin-
1 De chimie, et de taxpôi;, médecin.