LIVRE III
cipes de cette école se réduisaient à cette proposition : que l’homme étant un composé formé par le concours du sel, du soufre et du mercure sidériques, et les maladies ayant pour cause l’altération de ce composé, on ne pouvait les combattre qu’à l’aide de moyens chimiques.
Pour expliquer l’action des médicaments, aux qualités élémentaires de Galien il substitua un être de raison : l’ archée (principe), qui semble remplir le rôle delà nature dans le jeu de nos organes, qui combine les éléments, choisit les matériaux propres à la nutrition, sépare les impuretés et rétablit l’équilibre des fonctions physiologiques. L’archée est pour lui l’esprit de la vie, la partie sidérale du corps de l’homme. Son affaiblissement amène la disposition aux maladies et à la mort. C’est à peu près le principe vital des modernes.
En chirurgie, Paracelse rejetait l’emploi des instruments tranchants et même celui des caustiques. Il ne comptait que sur l’efficacité de l’archée, sur celle de quelques arcanes, et se bornait le plus souvent à garantir les plaies contre l’action des agents extérieurs. En thérapeutique, il repoussa l’usage des électuaires et des mélanges monstrueux de la pharmacie arabe. Il y substitua des moyens plus simples : les teintures, les essences, les extraits, mais principalement l’emploi des médicaments tirés du règne minéral Il en obtint des avantages qui le surprirent lui-même. Ce succès lui inspira une confiance qu’il porta bientôt jusqu’à la témérité, à la folie, et jusqu’aux derniers écarts du charlatanisme.
i II faisait en outre un si grand emploi de l’opium que ses ennemis l’avaient surnommé le doctor opiatus.
Paracelse brûle les livres des anciens et des Arabes à Bâle.
ZOOLOGIE
Une fois entré dans cette voie , il devait la parcourir dans toute son étendue. Il se posa ouvertement en réformateur ; il s’annonça comme un illuminé , possesseur d’arcanes infaillibles , et déclara qu’il ne connaissait aucune maladie incurable. Soit hasard, soit heureux instinct, il réussit, en etfet, quelquefois d’une façon merveilleuse1. Dans une situation pareille, la modération, la logique, la vérité pure , n’étaient plus de mise. Il fallait susciter la contradiction, et provoquer à tout prix le retentissement. Ce n’est pas avec de la raison et de la modestie que l’on agit sur les masses : c’est avec de l’assurance , un enthousiasme réel ou affecté, une éloquence incisive et véhémente. Luther comparait la parole à un glaive dont le savoir n’était que le fourreau.
Pour juger Paracelse avec impartialité, il faut se reporter à l’esprit de son époque. C’était celle des illuminés, des fanatiques, des astrologues. Sa doctrine philosophique, qui procédait de celles de Platon, de Raymond Lulle, de Pic de la Mirandole, n’avait rien de plus illogique , de plus déraisonnable que beaucoup de systèmes du même temps; ses idées médicales, s’il les eût présentées avec modération et méthode , n’eussent pas été sans valeur. Ainsi , il déclare que l’art de guérir ne s’apprend point avec les maîtres, ni dans les livres, mais par les voyages, au lit du malade et dans les laboratoires. Il montra l’importance des études chimiques pour les médecins;
1 Albert Basa, médecin du roi de Pologne, étant venu le voir à Bâle, il l’emmena visiter un malade fort épuisé et qu’il crovai! au plus mal. Paracelse lui administra quelques gouttes de son laudanum et l’invita à diner pour le lendemain. Le malade, guéri, se rendit, en etfet, à son invitation.