‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 76 sur 145 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

La chirurgie est tout aussi étroitement liée à l’anatomie que la médecine; aussi suivit-elle avec la môme ardeur les progrès de cette branche de l’art de guérir. Nous avons nommé, comme tenant le premier rang parmi les habiles chirurgiens de l’époque , Ambroise Paré. Né près du Mans, en 1517, d’une famille d’artisans sans fortune, il commença par être garçon barbier; mais sa vocation pour l’art chirurgical, se révéla de bonne heure. Il vint étudier à Paris, et entra trèsjeune, comme chirurgien, dans l’armée d’Italie. A son retour en France , il devint chirurgien d’Henri II et, successivement, de François II, de Charles IN et d’Henri III. Il appliqua à la chirurgie les connaissances anatomiques récemment acquises et l’avança notablement par ses propres recherches. L’introduction des armes à feu lui fournit l’occasion d’observations jusqu’alors ignorées, et il combattit avec succès l’opinion qui soutenait que les plaies de cette nature étaient vénéneuses. Ambroise Paré était zélé, humain et modeste : <c Je les panse, disait-il de ses malades; « Dieu les guarit. » C’est lui qui parvint il extraire le tronçon de lance qui avait pénétré jusque dans l’œil du duc de Guise et qui y laissa une cicatrice d’où lui vint le surnom de Balafré. C’est à Paré que l’on doit la ligature des artères, substituée à la cautérisation par le fer rouge après les amputations. C’est à lui que commence d’une manière brillante l’ère de la chirurgie moderne. Il s’occupa de toutes les parties de cet art, et les perfectionna avec bonheur. Maggi, Guillemeau, André de la Croix, le suivirent dans la voie qu’il avait ouverte. En Italie, Jean de Vigo, Béranger de Carpi,Fallope,s’y distinguèrent à leur tour; Pœusset et Guillemeau avancèrent l’art des accouchements ;

Ambroise Part-.

ZOOLOGIE

les Norcini, la famille des Colot, pratiquaient avec succès, dès le siècle précédent, l'opération de la taille. La rhinoplastie , c’est-à-dire la reproduction du nez amputé, et plusieurs autres opérations furent l’objet de recherches suivies et de perfectionnements considérables. Adrien Van der Spiegel , de Bruxelles, élève de Fabrice d’Acquapendente, le célèbre professeur de Padoue, laissa des écrits remarquables par l’ordre, la clarté et l’élégance; enfin Nicolas Massa, de Venise, Alexandre Ferri, de Faenza, professeur à Naples, chirurgien du pape Paul III, et surtout Pierre Pigray, disciple et émule d’Ambroise Paré, chirurgien d’Henri IV et de Louis XIII, contribuèrent puissamment aux progrès de l’art chirurgical, jusqu’au moment où éclata la découverte d’LIarvey, le plus grand pas qu’aient fait les sciences médicales dans les temps modernes.

Bien que la découverte d’Harvey ne se soit produite qu’au commencement du xvu° siècle (1628), et qu’elle appartienne plutôt à la physiologie qu’à l’anatomie, le xvie siècle, dans lequel ce grand homme vint au monde, doit revendiquer l’honneur d’un si grand nom.

On comprend qu’en matière d’histoire on ne peut se renfermer, d’une manière absolue, dans une durée déterminée. Ici , par exemple , il faudrait garder le / silence sur tous les hommes qui, nés dans le dernier quart du seizième siècle, ne se sont révélés au monde savant qu’au commencement du xvne. Nous ne nous sommes pas cru en droit d’enlever à cette époque la liste de ses noms les plus glorieux. C’est par le même motif que nous avons emprunté au xve siècle ceux des grands inventeurs qui, vers la fin de cette centurie,

Page 1