LIVRE IV
mains. L’aspect des souterrains et des cavernes inspirait généralement un certain effroi. L’ignorance et la crédulité les peuplaient d’êtres fantastiques, et exagéraient les dangers de toutes sortesqui se rattachaient aux recherches de cette nature. Les accidents, les explosions des mines, étaient attribués à des esprits {Geist,e n allem.), ardents à défendre leurs habitations et leurs propriétés. Ces appréhensions, entretenues par les mineurs eux-mêmes, avaient causé l’abandon de plusieurs mines, et les savants, les alchimistes de l’époque, partageant cette croyance, rapportaient à des êtres surnaturels la cause des désastres dont les régions souterraines étaient le théâtre, comme des exhalaisons délétères qui les remplissaient.
La minéralogie, d’ailleurs, a toujours été moins populaire que la botanique et la zoologie , parce que ces deux dernières sciences sont d’une utilité plus directe, et que les sujets de leur étude sont plus faciles à réunir et à observer. On commença aussi, comme pour les autres branches de l’histoire naturelle, par commenter et paraphraser le peu que les anciens naturalistes avaient laissé sur cette matière. Théophraste avait donné un traité des Pierres; Pline avait écrit un livre sur les Pierres précieuses; Ruel (de la Rue), André Racci, d’Ancône, et Épiphane, archevêque grec, après avoir recueilli ces premières données, s’appliquèrent à rechercher quelles étaient les pierres qui, d’après l’Ancien Testament, figuraient sur la poitrine du grand prêtre d’Israël; d’autres cherchèrent à reconnaître les gemmes dont il est question dans l’Apocalypse. Peu à peu les observations s’étendirent, se multiplièrent , et l’on ne tarda pas à s’apercevoir que la minéralogie est une des sciences
MINERALOGIE.
qui présentent le plus d’intérêt pratique , en raison des ressources qu’elle offre à nos besoins comme à notre industrie. Plus tard, en se développant, elle donna naissance à une science nouvelle, la géologie, une des études les plus capables d’élever l’esprit par l’immensité et la variété des tableaux qu’elle déroule à nos yeux, comme par les idées qu’elle révèle sur l’histoire physique du globe que nous habitons.
Bien que la minéralogie, comme science, ait fait en Allemagne des progrès plus rapides qu’ailleurs, parce que le sol de cette contrée renferme plys de mines et que la métallurgie y est exploitée depuis plus longtemps, c’est néanmoins en Italie que l’on en retrouve les premières traces, ainsi que celles des autres parties de l’histoire naturelle. Le premier qui s’en soit occupé est Camille Leonardi, de Pesaro, qui écrivit et publia à Venise, en 1502, son Miroir des pierres (Spéculum lapidum) , dédié à César Borgia,
alors duc de la Romagne. Leonardi est, après Albert le Grand, le premier qui ait fait mention des aérolithes. Le début de son ouvrage n’est guère qu’une compilation des écrits des anciens. Dans le deuxième chapitre , il donne les moyens de distinguer les pierres naturelles des pierres artificielles. Dans le troisième, il s’occupe de la sculpture des pierres. On attribuait alors aux figures gravées sur les pierres précieuses des propriétés tirées de l’astrologie et de l’alchimie. Ces croyances subsistaient encore au xvne siècle; car, en 1610, Scudalupi, dans une édition de l’ouvrage de Leonardi, établissait les rapports que l’on croyait exister entre les sept planètes et les sept métaux alors connus. Ainsi, le soleil représentait l’or, la lune l’argent, Mars le fer, Vénus le cuivre,