‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 83 sur 145 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

tous traduits en allemand (Bâle , 1657). Érasme en taisait le plus grand cas, surtout du Bergmannus , son premier travail. Ge savant avait préludé à la composition de ses ouvrages par des études profondes sur les langues de l’antiquité et sur l’histoire des sciences naturelles; il avait beaucoup voyagé. Revenu dans sa patrie, plein de zèle pour la science, secondé par de hautes protections, entouré d’amis éclairés, premier magistrat de sa ville natale, médecin des chefs et des ouvriers mineurs, il tira un habile parti de tous ces éléments, et resta pendant deux siècles le guide et l’oracle de la science minéralogique.

Agricola, dit Cuvier, est à la minéralogie ce que fut Conrad Gesner à la botanique et à la zoologie. Il représente tout l’art métallurgique au xviR siècle, comme Conrad Gesner la botanique et la zoologie à la môme époque, comme Albert le Grand résume toute la science au xme siècle et au moyen âge. Mais ce qui l’honore le plus, c’est qu’il fut à la fois un des savants les plus recommandables et un des plus beaux caractères de son époque. Il consacra h ses études la plus grande partie de sa fortune. Plein de modestie, de désintéressement et d’humanité , reconnaissant de l’appui qu’il avait reçu des ducs de Saxe, il n’hésita pas à suivre ceux-ci à l’armée lorsqu’ils allèrent rejoindre Charles-Quint, abandonnant pour cela sa famille, sa clientèle et ses travaux savants. Agricola mourut à Chemnitz (1555). Il avait d’abord incliné vers les doctrines de la réforme ; mais il revint plus tard à la religion catholique. Cette désertion exaspéra les luthériens, qui, pour l’en punir, le laissèrent pendant cinq jours sans sépulture. Son corps fut enfin transporté à Zeitz, où il fut. inhumé avec

MINÉRALOGIE. 201

tous les honneurs dus à son mérite et à ses vertus '.

Les travaux d’Agricola donnèrent , au xvi° siècle , une vive impulsion à l’étude des minéraux, principalement en Allemagne et en Italie ; mais aucun des hommes qui s’y livrèrent n’égala le savoir et les talents du maître. Leurs écrits ajoutèrent donc peu à la science acquise jusqu’à lui. Parmi eux, pourtant, on doit citer Christophe Encelius (Engel), de Saxfeld, qui publia, deux ans après Agricola, sous le même titre : De Re metallica, un livre moins important et moins étendu. L’auteur partage encore les opinions alchimiques sur la composition des minéraux. Pour lui, le soufre est le père des métaux, et le vif-argent en est la mère. Les diverses espèces dépendent de la proportion de ces éléments combinés avec les sels naturels. Lazare Erker, auteur d’un livre intitulé : La Cour souterraine, s’occupa surtout de docimastique ou de l’analyse chimique des minerais. Mathesius, Weiner, Libavius et Modestin Fachs écrivirent sur le même sujet , en allemand ou en latin ; mais tous appartiennent encore aux doctrines de l’alchimie , science qui tendait à se transformer et dont on comprend les connexions avec l’étude du règne minéral.

En Italie, on doit également citer Léonard de Vinci, à la fois illustre artiste et savant distingué

1 Voici l’épitaphe que George Fabricius composa pour son tombeau :

Viderat Agricolæ, Phœbo monstrante, libellos Jupiter, et taies edidit ore sonos :

Ex ipso hic terræ thesauros eruet orco,

Et fratris pandet tertia régna mei.

Page 1