LIVRE IV
enfin qu’il fut un des caractères les plus fermes et les plus élevés de son époque?
Bernard Palissy naquit, vers 1510, dans un petit village du Périgord appelé la Chapelle-Biron, situé entre le Lot et la Dordogne. Dans son enfance, il travaillait à la vitrerie, c’est-à-dire à la peinture sur verre et à la fabrication des vitraux coloriés. Il conçut de bonne heure la pensée d’élever ses travaux à la hauteur des oeuvres d’un artiste. « Tout en peindant des images , » selon ses expressions , il étudiait les grands maîtres de l’art italien et s’exerçait à l’architecture et à la géométrie, ce qui lui donna l’occasion de lever des plans et de composer lui-même des vitraux. 11 voyagea d’abord dans les Pyrénées, et, frappé des accidents naturels du pays, il prit un goût ardent pour les merveilles de la nature. Ce goût le conduisit plus tard en Flandre, dans les Pays-Bas, dans les Ardennes et sur les bords du Rhin , voyageant en ouvrier nomade et exerçant à la fois la vitrerie, « la pourtraicture » et l’arpentage, mais observant partout la topographie, les accidents du sol, les curiosités naturelles, visitant les carrières et les mines, les grottes et les cavernes, demandant partout à la nature elle-même le secret des merveilles qu’elle offre de toutes parts à l’étude et à l’admiration.
De retour, en 1539, au pays natal, il se fixa à Saintes et s’y maria. Quelques années. après, déjà surchargé de famille et luttant contre la misère, le hasard fit tomber entre ses mains une coupe de terre émaillée, probablement d’origine italienne, car on commençait à fabriquer à Faenza et à Castel-Durante la poterie vernissée qui prit le -nom de faïence. Frappé de la beauté de ce produit, Palissy songea aussitôt à l’imi-
MINERALOGIE.
ter et à en faire l’objet cl’un art entièrement nouveau pour lui. Le voilà donc livré en aveugle à cette recherche, « comme un homme qui taste en ténèbres,» attendu qu’il n’avait connaissance ni des matières ni des procédés. C’est dans son Traité de l'art de terre , qu’il faut lire l’admirable récit de ses tentatives , des difficultés qu’il eut à vaincre, et des maux qu’il eut à souffrir pendant le cours de seize années, avant d’avoir réussi à donner toute la perfection désirable aux ouvrages sortis de ses mains. Ce n’est pas sans une surprise émue qu’on peut lire les pages sublimes dans lesquelles il raconte, avec autant de simplicité que de grandeur, la longue série de ses efforts et de ses misères : forcé de préluder à la recherche de son nouvel art parla connaissance des matières premières, la construction des fourneaux, l’art du mouleur, du potier, et par l’étude de la chimie qu’il fut obligé, comme il le dit , « d’apprendre avec les dents», c’est-à-dire en s’imposant les plus cruelles privations. Il faut le voir poursuivre sa pensée avec une ardeur, une constance à toute épreuve, consacrant ses veilles, ses économies, sa santé et jusqu’aux choses nécessaires à sa subsistance, à ses recherches incessantes, parvenir enfin à lasser la mauvaise fortune et à faire triompher sa pensée créatrice. 11 faut le voir aux prises avec les difficultés de toute nature, lutter avec résolution et courage contre des obstacles sans cesse renaissants. Enfin, à bout de sacrifices et de forces, ayant employé à son labeur jusqu’à ses dernières ressources, il vient à manquer de bois pour alimenter ses fourneaux. Il n’hésite pas : il commence par brûler les étais qui soutiennent les tailles de son jardin , puis il jette dans la fournaise ses tables, ses meubles, et