LIVRE IV
jusqu’aux poutres de sa maison... L’artiste était ruiné; mais il avait réussi!
Cependant, accablé de dettes, chargé d’enfants, persécuté par ceux-là mêmes qui eussent dû le secourir, Usent un moment fléchir son courage; mais aussitôt, faisant appel à son âme, il retrouve sa force, et se remet à l’œuvre avec une nouvelle ardeur. Telle était alors sa détresse, qu’ayant pris un ouvrier pour l’aider dans ses travaux les plus pénibles, il se vit au bout de quelque temps dans l’impossibilité de le nourrir. Bien qu’il fût sur le point d’entreprendre une nouvelle fournée, il fallut, renvoyer son aide, et, faute d’argent pour le payer, il se dépouilla de ses vêtements et les lui donna pour son salaire.
A travers tant et de si cruelles épreuves, Palissy s’approchait incessamment du but qu’il s’était proposé. Ses belles poteries , ses pièces rustiques , ses statuettes charmantes étaient fort recherchées des grands seigneurs , et ses talents lui avaient valu de hautes protections. Le connétable de Montmorency, ayant été chargé , en 1548, d’aller réprimer la révolte de Saintonge, eut occasion de voir et d’admirer les ouvrages de Palissy. Il se prit d'affection pour sa personne, et le chargea de travaux importants. Quelques années plus tard , l’artiste devait presque la vie à son illustre protecteur.
Le calvinisme commençait à se répandre dans les provinces du Midi; Palissy se rangea parmi les partisans des nouvelles doctrines. Doué d’une éloquence naturelle, plein de la Bible et des prophètes, l’énergie de son caractère devait en faire un apôtre rempli de zèle. La sécurité des nouveaux prosélytes ne tarda pas à être troublée. L’édit de 1559 punissait de mort
Bernard Palissy brûle ses meubles pour alimenter ses fourneaux.
MINERALOGIE.
le crime d’hérésie. En '1562, le parlement de Bordeaux en ordonna l’exécution dans son ressort. Palissy, qui avait obtenu du duc de Montpensier une sauvegarde, défendit ses coreligionnaires et se dévoua plus d’une fois pour les sauver. Le comte de la Rochefoucauld déclara son atelier un lieu de franchise ; mais ce privi-
lége ne fut pas longtemps respecté. Palissy fut enlevé pendant la nuit, et conduit dans les prisons de Bordeaux. Son atelier fut démoli, et le grand artiste eût été envoyé au supplice sans l’intervention du connétable, qui obtint de Catherine qu’il fût mis en liberté. On lui accorda même le brevet d’inventeur des rustiques pgulin.es du roi, ce qui l’arrachait à la juridiction du parlement.
En 1563. Palissy publiait à la Rochelle son ouvrage intitulé : Recepte véritable, par laquelle tous les hommes de France pourront apprendre à multiplier et à augmenter leurs thrésors. C’est sans doute pendant les tristes jours de sa captivité que fut composé ce petit volume d’un intérêt aussi piquant que varié, et qui semble résumer toutes les pensées, tout le caractère original de son auteur. Son âme naïve, mais énergique, son coup d’œil droit et plein de sagacité, son génie d’artiste, ses goûts, ses connaissances, et jusqu’aux promesses qu’il fait à l’avenir, tout s’y révèle et s’y retrouve à la fois. Il veut, dit -il , en mettant en lumière des secrets qu’il croit propres à multiplier les biens et les vertus des hommes, obéir à ce divin précepte : « Que chacun ait à manger son pain au labeur de son corps et a répandre les talents que Dieu lui a donnés. »
Après avoir exposé, dans cette mosaïque spirituelle, ses vues, ses sentiments, le résultat de ses