LIVRE IV
méditations sur les arts, les sciences et surtout sur l’agriculture, il développe ses idées toutes nouvelles au sujet du règne minéral. Il examine les causes de la configuration du sol; il explique l’origine des fontaines, ainsi que la manière dont les pierres précieuses et les métaux se forment dans le sein de la terre, et approfondit, avec une supériorité remarquable , plusieurs hautes questions de physique générale sur lesquelles nous aurons bientôt à revenir.
C’est après cette publication que Palissy quitta la Saintonge pour venir se fixer à Paris. Devônu maître de son art, il donna à ses ouvrages tous les développements, toute la perfection que lui inspirèrent son go ù t et son génie. Ace moment, François Ie1' faisait les plus grands efforts pour naturaliser en France les arts de l’Italie. Léonard de Vinci, Fra Giocondo, André del Sarto, Primatice, Benvenuto Cellini, attirés en France, avaient donné l’essor à Jean Goujon, à Pierre Lescot, à Germain Pilon et à plusieurs autres qui constituaient déjà une école française. Dès que Palissy en eut apprécié le mérite et la portée, il prit sa place parmi les maîtres de cette école et s’inspira de leurs chefs-d’œuvre. Il appliqua ses nouveaux produits à la décoration des jardins, des grottes, des fontaines, et à l’ornement des habitations somptueuses. Il leur donna le nom de rustiques figulines, et l’on saiL tout le succès, toute la vogue qu’obtinrent dès lors ces curieux ouvrages, aujourd’hui encore si recherchés, si estimés des amateurs et des artistes.
A travers les rudes épreuves qu’il avait eu à subir et les travaux incessants que les difficultés de l’art ou les rigueurs delà fortune lui avaient imposés,
MINERALOGIE.
Palissy n’avait pas négligé ses études chéries. L’histoire naturelle, l’agriculture, la physique du globe et la chimie n’avaient jamais cessé d’être les sujets de ses expériences et de ses méditations. Pdche des faits nombreux qu’il avait recueillis, il songeait depuis longtemps à les rendre publics; mais ne sachant pas, dans son ignorance des langues anciennes, si les savants de l’antiquité avaient eu sur les mêmes sujets des opinions analogues ou contraires aux siennes, il résolut de faire la démonstration publique de ses théories et d’appeler à ses leçons les hommes les plus éclairés de l’époque. C’était une sorte d’expédient à l’aide duquel il voulait s’assurer si ses vues étaient fondées, en provoquant à leur sujet la critique et les objections des érudits. Il avait en même temps rassemblé tous les objets naturels propres à confirmer ses idées à l’égard de divers phénomènes, particulièrement sur la formation des cristaux, les pétrifications, et les principes de la géologie. Ce cabinet était le premier qui eût été formé à Paris, et ses leçons étaient les premières conférences publiques qui avaient lieu sur les sciences physiques et naturelles. N’est-ce pas un tableau digne du plus haut intérêt que celui d’un simple potier de terre, d’un homme sans culture littéraire, venant exposer les résultats de ses découvertes en présence de tout ce que la capitale renfermait alors de savants, provoquer la critique, les argumentations sur les sujets les plus ardus, et tout cela dans le seul intérêt de la science et de la vérité? On peut juger de la hardiesse et de la singularité d’une pareille entreprise. Palissy s’en étonna d’abord lui-même, et essaya parfois de s’en excuser; puis il en prit son parti et alla même jusqu’à montrer