‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 88 sur 145 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

à ce sujet un dédain assez piquant. C’est ainsi que, dans un de ses Dialogues, Praclique, suivant son habitude, après avoir harcelé Théorique , pulvérisé ses faux raisonnements et renversé ses systèmes préconçus, finit par lui lancer cette apostrophe ; « Or, va quérir à présent tes philosophes latins pour me donner argument contraire, lequel soit aussi aisé à connoistre comme ce que je mets en avant! v>

Ces conférences, ouvertes en 1575, furent continuées jusqu’en 1584. Mais déjà il songeait à les résumer dans un ouvrage qui est devenu son plus beau titre de- gloire aux yeux des hommes de science. Cet ouvrage parut en 1580, sous le titre de : Discours admirables de la nature des eaux et fontaines, tant naturelles qu'artificielles, des métaux, des sels et salines, des terres , des pierres et des émaux, etc. C’est là que l’on peut juger des pas immenses qu’eussent pu faire les sciences naturelles sous l’in fluence du génie d’un seul homme , si cet homme eût eu plus d’autorité et si ses enseignements fussent tombés de plus haut. Ce n’est plus un artisan obscur et illettré, émettant quelques vues modestes sur les sujets ordinaires de ses rêveries; c’est un véritable savant, fort de connaissances acquises par quarante ans de travaux et de recherches, un professeur fier d’avoir expliqué les phénomènes de la nature et les principes des hautes sciences aux hommes les plus éclairés de son temps, et qui en écrit le résumé didactique dans toute la maturité de l’âge et de l’expérience : sortes de révélations du génie qui, pour la plupart, ont été confirmées par la science plus réfléchie et plus analytique des siècles ultérieurs.

Nous rapporterons ailleurs celles de ces décou-

MINERALOGIE.

vertes qui sont relatives à la physique et à la chimie rationnelle. Quant à l’alchimie, il combattit celte grande erreur, et montra que la recherche du grand oeuvre reposait avant tout sur un principe honteux de cupidité et de paresse. Dans le Traité des eaux et fontaines il avait approfondi plusieurs questions de physique et d’hydraulique; mais c’est dans le Traité de l’art de terre que son génie et son âme puissante se révélèrent de la manière la plus complète. Après l’ingénieux artisan qui expose les principes de son métier, c’est le grand artiste qui prend la parole et montre à quel ensemble de difficultés morales et matérielles doit s’attendre celui qui, dans son art, veut atteindre le premier rang. C’est là que l’auteur a placé l’admirable et navrant tableau de ses propres misères et de ses longues souffrances. Il faut lire dans le texte même ce récit où, en un style à la fois naïf et pittoresque, il rend compte de la lutte qu’il eut à soutenir si longtemps contre la misère, les obstacles de toute nature, ou contre les obsessions de sa famille et de ses amis. De quelle simplicité, de quelle modestie sont empreintes ces pages sublimes! Quelle force d’âme, que de constance et de résignation ! Mais une haute pensée philosophique domine encore tout cet éloquent tableau : c’est la toute-puissance du travail, de la volonté agissante, la supériorité des recherches pratiques sur les spéculations de la théorie; c’est, en un mot, le triomphe de la méthode expérimentale, dont , après Palissy, F. Bacon, Robert Boyle et plus tard Franklin ont si bien développé la suprématie sur les hypothèses et les rêves brillants de l’imagination. « La science se manifeste à qui la cherche! s’écrie-t-il ; mais il faut avant tout, pour y

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