‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 89 sur 145 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

réussir, être vaillant, agile, portatif, laborieux. » Palissy montre, par son exemple, qu’il faut encore être persévérant, courageux, et surtout résigné.

Mais tandis que, par ses travaux ou ses écrits, Palissy enrichissait son siècle du fruit de ses méditations, la France continuait d’être plongée dans les horreurs de la guerre civile, et, bien qu’il vécût en dehors des passions de cette triste époque , les persécutions devaient finir par l’atteindre. En 1588, affaibli par l'âge, presque octogénaire, il fut arrêté, enfermé à la Bastille et menacé du dernier supplice. On fit dans les chroniques du temps que Henri III, étant allé le voir dans sa prison, lui dit : «Mon bonhomme, il y a quarante-cinq ans que vous estes au service de ma mère et de moi. Nous avons enduré que vous ayez vescu en vostre religion parmi les feux et les massacres; maintenant je suis tellement pressé par ceux de Guise et mon peuple, que je suis contraint de vous laisser aux mains de mes ennemis. — Sire, répond Bernard, je suis tout prest de donner ma vie pour la gloire de Dieu. Si c’eust esté avec quelque regret, certes il seroit esteint en ayant ouï prononcer à mon grand roi ces mots: Je suis contraint!... Ce n’est pas parler en roi, Sire, et c’est ce que vousmesme et tous ceux qui vous contraignent ne pourrez jamais sur moi; car je sais mourir. » Palissy mourut, en effet, en 1589, mais de sa mort naturelle, à la Bastille. Ainsi se termina une carrière honorée par tant

de talents et de vertus.

Pourquoi faut-il que l’une des plus belles époques de l’histoire de l’esprit humain , celle du plus vaste essor qu’aient pri^ les sciences et les arts, soit ainsi souillée par des actes de violence et de barbarie,

MINERALOGIE.

dignes des âges précédents! La renaissance du goût, des lumières et des talents eut été en même temps celle de la civilisation tout entière, si de pareils actes n’en eussent comprimé les élans, et si des scènes cruelles n’eussent été mêlées aux brillants combats que tant d’esprits supérieurs livraient à la routine et à l’ignorance.

Provoquer une pareille réforme dans toutes les branches du savoir et de l’étude était non -seulement un trait de génie, mais aussi un acte de courage. Il y avait toute une révolution dans la pensée de faire revenir les esprits sur leur aveuglement au sujet de théories et de préjugés aussi faux que surannés. Pour rompre ainsi en visière à des idées accréditées par les siècles, il fallait se résoudre à affronter la persécution et la mort. Tel était le prix que Palissy devait attendre et qu’il reçut, en effet, des services qu’il rendait à son siècle et à son pays.

Palissy avança beaucoup la connaissance des terres, des pierres, la théorie de la cristallisation, de la stratification du sol, et de l’art du fondeur. Ses écrits contiennent des vues d’une sagacité rare et de véritables traits de lumière sur diverses parties des sciences physiques et naturelles. Artiste et savant à la fois, sans autre guide qu’une perspicacité étonnante, il émit les idées les plus fécondes sur les arts et sur l’industrie. « Son ouvrage, dit Cuvier, peut être regardé comme le point de départ de la géologie moderne; car il éveilla le premier les idées sur les révolutions du globe. » Nous ne tarderons pas à voir reparaître son nom parmi ceux des chimistes et des physiciens du xvie siècle.

Conrad Gesner, qui tient déjà une place si émi-

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