LIVRE IV
nente parmi les botanistes et les zoologistes de la même période, ne crut pas devoir négliger de jeter un coup d’œil sur les minéraux. En 1565, il publia un volume intitulé: Des Figures des pierres et des gemmes. Il s’y occupa surtout de ce que l’on nommait pierres figurées, c’est-à-dire les fossiles ou pétrifications, que l’on regardait, encore comme des accidents ou des jeux de la nature. Il reconnut que tous ces produits étaient fournis par des corps primitivement organisés. Bernard Palissy avait été plus loin; car iln’avait pas craint d’affirmer que « nulle pierre ne peut prendre forme de coquille ni d’autre animal , si l’animal lui-même n’a basti la forme ». Le traité de Gesner appela l’attention sur les pétrifications, les cristaux, et lit faire un nouveau pas à la minéralogie. Ce savant connaissait les propriétés électriques de plusieurs minéraux. On sait qu’il écrivit aussi un traité des Eaux minérales de la Suisse et une Description du mont Pilate , près de Lucerne, où l’on trouve des vues nouvelles et importantes relatives à la géologie.
Dans son traité des pierres et fossiles, Gesner remarqua la forme mathématique que prennent les substances minérales quand on abandonne leur solution à elle-même. Il décrivit avec soin les stalactites et les pétrifications; il en a même représenté un assez grand nombre: cérébrites, astroïtes, entroques, bélemnites, glossopètres , langues de serpent pétrifiées, pierres judaïques, etc. Il se demande si elles ne sont que le produit des forces naturelles etsi ce ne sont pas des êtres organiques qui vivent ou ont vécu. Ce traité est son dernier ouvrage (Zurich, 1565); il est le moins complet peut-être de ses travaux relatifs à
MINERALOGIE.
l’histoire naturelle; il est vrai que la Suisse renferme peu de minéraux et que l’étude des corps organisés devait offrir un intérêt bien plus puissant à un médecin naturaliste et philosophe. Nous avons dit que Conrad Gesner fut surnommé le Pline de l’Allemagne: c’est dans les quatre derniers vers de son épitaphe, composée par Swinger, que l’on trouve ce singulier rapprochement. Voici ces quatre vers :
Ingenio vivens naturam vicerat omnem :
Natura victus conditur hoc lumulo.
Plinius hic situs est germanus; perge, viator.
Gesneri toto nomen in orbe volât.
Une description des principales espèces minérales parut à Francfort, en 1573, sous le titre de : La Cour souterraine. Cet ouvrage, de Lazare Erckern, fut réimprimé plusieurs fois, et resta longtemps classique pour la métallurgie et la docimastique , ou l’art de doser les métaux contenus dans les minerais. A la fin du même siècle, André Césalpin, d’Arezzo, qui avait travaillé avec tant de succès à la classification des végétaux, appliqua le même esprit de méthode à un traité des Métaux, et à un autre, des Pierres, qui parurent en 1596. Il divisa les substances minérales : 1° en sels, bitumes, aluns et fossiles; 2° en roches, marbres, cristaux et pierres précieuses; 3° en métaux.
Césalpin expliqua la formation des fossiles par le dépôt que la mer laisse en se retirant. Il attribua la chaleur intérieure de la terre aux combinaisons chimiques qui s’opèrent dans son sein. Il dit positivement que la crasse de plomb ( sordes ) provient d’une substance aérienne qui en augmente le poids. Il parle