LIVRE V
tent à l’air, à la chaleur, à la lumière, à l’électricité, au magnétisme, etc., et qu’elle soumet toutes ces choses à la mesure et au calcul , tandis que la Chimie étudie surtout la composition intime des corps, l’action qu’ils exercent les uns sur les autres et les produits qui en sont le résultat.
Les nombreux rapports qui unissent la minéralogie à la chimie nous ont déterminé à examiner d’abord l’histoire de cette dernière, quoique au xvi° siècle elle n’existât pas encore comme science. La physique, du reste, n’était guère alors plus avancée; mais déjà l’on peut entrevoir l’essor que toutes deux allaient bientôt prendre. 11 est curieux d’étudier leur origine commune et presque contemporaine, grâce aux efforts des savants de l’époque dont nous nous occupons.
Alchimie. — L’alchimie, qui s’était appuyée d’abord sur la magie, la cabale et ce qu’on nommait les sciences occultes, s’était aussi rattachée à la métallurgie, qui lui fournissait d’importants sujets d’étude, tout en lui prêtant à son tour de nombreux procédés d’extraction, d’analyse et d’affinage des métaux. La médecine avait également mis à profit l’activité de divers produits dont les substances minérales formaient la base. Un des adeptes les plus célèbres du siècle précédent, Basile Valentin, avait révélé les propriétés des composés d’antimoine; d’autres avaient préconisé les préparations de mercure , de soufre et différents sels naturels. Dès ce moment les médecins,
comme les alchimistes, se dirigèrent dans cette voie, et étudièrent les médicaments de cet ordre qui paraissaient posséder une efficacité réelle. Parmi eux se distinguait, par l’éclat de sa témérité et de sa jactance, un homme dont nous avons déjà parlé à l’occasion d’un système médical, la chémiatrie, qu’il avait cherché à faire prévaloir dès le commencement de cette période. Il s’agit de Paracelse, qui occupa quelque temps une si large place dans l’histoire de la science, que nous ne pouvons nous dispenser de donner ici quelques développements à sa biographie.
Philippe-Auréole-Théophraste Bombast de Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse , naquit en 1493, à Ensiedeln en Suisse, bourg du canton de Schwitz, siège d’une célèbre abbaye de Bénédictins qui existe encore et d’où le réformateur Zwingli lança, un an avant Luther, les premières attaques contre la cour de Rome. Son père, qui exerçait la médecine à Willach, en Carinthie, était proche parent d’un grand prieur de l’ordre de Malte, ce qui montre qu’il n’était point, comme on l’a dit, d’une origine très-obscure. A la vérité, sa première éducation avait été négligée ; sa jeunesse fut celle des scolastiques ambulants. Dans ses pérégrinations incessantes, il traitait des malades, il prédisait l’avenir, il pratiquait l’astrologie et la cabale, auxquelles il avait été initié par son père, par l’abbé Tritheim et par d’autres astrologues ou alchimistes allemands. En Saxe, il visita les mines et consulta les métallurgistes; à Augsbourg, il travailla a la recherche du grand œuvre chez les riches Fugger de Schwartz. Pendant un voyage en Pologne, il fut pris par les Tartares, chez lesquels il acquit encore quelques connaissances d’alchimie. Il alla ensuite en