‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 95 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

habillé , dormait peu , et s’éveillait au milieu de la nuit, comme transporté d’enthousiasme ou de frénésie. Son accès dissipé, il dictait quelques chapitres de science; mais on conçoit qu’écrivant sous l’inspiration d’une sorte d’ivresse, et dédaignant en quelque sorte l’observation réfléchie, ses idées devaient être aussi bizarres que désordonnées.

Déjà se formait contre lui une ligue d’ennemis redoutables. Quelques revers dans sa pratique avaient aussi ébranlé sa réputation. Thomas Éraste , qui devait lui succéder dans sa chaire, Oporin, son secrétaire et son ancien ami , qu’il avait eu la maladresse de s’aliéner, lancèrent sur sa conduite des insinuations malveillantes. On ne tarda pas à le regarder comme un fou ou un charlatan. On lui fit des procès, on l’attaqua par des sarcasmes '. Paracelse ne sut pas résister à ces outrages : il renonça à son enseignement, à sa pratique médicale; il quitta Bâle et reprit sa vie de théosophe ambulant. Cette existence nomade se prolongea pendant plusieurs années. Enfin, le 24 septembre 1541 , à la suite d’une partie de débauche, il fut frappé d’une attaque d’apoplexie et mourut à Salzbourg, dans un hôpital, à l’âge de quarante-huit ans.

A ne considérer Paracelse qu’au point de vue de la direction nouvelle qu’il imprima à la chimie médicale, nous devons lui rendre cette justice qu’il avança la science par quelques découvertes réelles, qu’il dota l’art de guérir de plusieurs moyens curatifs d’une

i Ses ennemis l’appelaient Cacophraste (méchant parleur) , par opposition avec son prénom de Théophraste (à la parole divine).

énergie incontestable, et qu’il fit d’heureux et persévérants efforts pour s’assurer de leur efficacité. Dès le début de son enseignement et pour mieux fonder son système de chémiatrie, il commença par attaquer la doctrine des quatre éléments d’Empédocle et d’Aristote, auxquels il substitua les trois éléments de Basile Valentin, modifiés dans le sens de la doctrine cabalistique. Ainsi, outre le sel, le soufre et le mercure, qui, selon lui, entraient dans la composition de tous les êtres naturels, il établit qu’il existait dans le corps humain un sel, un soufre et un mercure sidériques qui le mettaient en rapport avec les corps célestes; qui étaient la source de la consistance, de la combustibilité et de la fluidité des différentes parties de l’organisme. C’était aussi une modification de la doctrine d’Anaxagore, qui croyait tous les corps composés de terre, d’eau et de feu.

Paracelse ouvrit en même temps le premier enseignement public de physique dogmatique. C’est à dater de ce moment que s’établit une ligne de démarcation assez tranchée entre les chimistes sérieux et les souffleurs ou alchimistes: ceux-ci continuèrent leurs vaines recherches, en s’attachant aux causes surnaturelles et en s’éloignant de la voie des vérités scientifiques ; les autres poursuivirent l’application des faits positifs à la médecine et aux arts industriels. Paracelse se rapprocha de ces derniers par plusieurs découvertes dont on trouve la première mention dans les écrits qu’on lui attribue. Ainsi, il fit mieux connaître les préparations antimoniales, mercurielles, salines et ferrugineuses. Il émit le premier cette pensée que certains poisons peuvent, à doses modérées, être employés comme médicaments. Il préconisa l’usage

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