‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 96 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

des préparations de plomb dans les maladies de la peau, celles d’étain contre les affections vermineuses, celles de mercure et de soufre dans les maladies de la peau ; il employa le cuivre et même l’arsenic , à l’extérieur, comme rongeants. Il distingua l’alun des couperoses; il mentionna le premier le zinc, qu’il regardait, à la vérité, comme une modification du mercure et du bismuth. Il admettait des fluides élastiques autres que l’air que nous respirons, comme le gaz muriatique et la vapeur du soufre ; mais il les croyait formés d’eau et de feu. L’étincelle du briquet était pour lui un produit du feu contenu dans l’air. Il savait que l’air est indispensable à la respiration des animaux et à la combustion du bois, que l’étain augmente de poids quand on le calcine, parce qu’une portion d’air se fixe sur le métal ; enfin il avait remarqué que lorsqu’on fait agir de l’huile de vitriol sur un métal, il se dégage un air qui est un des éléments de l’eau (hydrogène). Ce sont là les premiers prodromes de la chimie des gaz, à laquelle Van Ifelmont devait bientôt donner un nouveau développement.

Quelques-unes des opinions de Paracelse portent un caractère remarquable de pénétration et de vérité lumineuse. Ainsi; après avoir dit que la vie est un esprit qui dévore le corps, il ajoute que la digestion est une dissolution des aliments, que la putréfaction est une transformation , que tout ce qui est vivant meurt pour renaître sous une forme nouvelle, que l’homme est une vapeur condensée, et qu’il retournera en vapeur comme il en est sorti. Le feu qui brûle a besoin de bois; mais il a aussi besoin d’air : donc, le feu c’est, la vie, et, faute d’air, tous les êtres périraient suffo-

qués. Ce rapprochement entre la combustion et la respiration ne semble-t-il pas le germe de la grande pensée de Lavoisier?

Un des plus grands services que Paracelse rendit à la médecine guidée par la chimie, fut de simplifier l’emploi des végétaux en cherchant à extraire de chaque plante sa quintessence (l’éther d’Aristote), qu’il regarde comme le principe de leur action : pensée fort ancienne, car elle remonte à Hermès; mais, en la reproduisant, il l’appuya sur des recherçhes nouvelles. Il ouvrit réellement la voie à cette partie de la science qui tend à mettre en relief les substances actives, afin de pouvoir les employer en moindre proportion.

Malheureusement, toujours imbu de ses idées astrologiques, à côté des propriétés positives, il admet dans les substances médicales des propriétés occultes (arcanes). Il cherche l’harmonie qu’il croit exister entre les constellations et les maladies; il étudie la chiromancie dans les feuilles des plantes, qu’il regarde comme leurs mains et dans les nervures desquelles il croit trouver des signatures cabalistiques. Il voit leurs rapports avec les astres dans les influences météorologiques, et rattache les phases de leur développement au retour de certaines constellations. Il pense que les caractères extérieurs des corps naturels sont les symboles de leurs propriétés actives; il croit aux talismans, aux cachets, aux médailles, aux nombres, aux amulettes. Tout cela était un tribut inévitable aux idées de son époque, et peut-être le seul moyen de rattacher des vues nouvelles aux croyances alors généralement établies.

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