‹ La science et les savants au XVIe siècleChapitre 98 sur 145 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

encore quelques-unes des opinions alchimiques du siècle précédent, on peut considérer Libavius comme, un des premiers qui soient entrés franchement et sans arrière-pensée dans la voie de l’expérience et du raisonnement. Il défendit avec vigueur, mais avec urbanité, le système chémiatrique contre les attaques de Thomas Éraste, de Riolan, de Guibert et de la faculté de Paris. Libavius a donné son nom au biclilorure d’étain (liqueur fumante). On trouve dans ses écrits beaucoup de faits nouveaux et d’heureuses applications de la science aux arts. Il s’éleva, mais avec dignité, contre les alchimistes de mauvais aloi, les souffleurs et les charlatans ; il parla un des premiers du tartre émétique. Son traité de docirnasie est remarquable par la clarté et la méthode, qualités assez rares dans les ouvrages de chimie de cette époque.

Chimie. — Il faut également citer, parmi ceux qui donnèrent alors une heureuse impulsion à la chi- • mie rationnelle, Georges Agricola, qui, chimiste et médecin, concourut avec fruit aux progrès de la chémiatrie comme à ceux de la science minéralogique ; André Césalpin, qui, après avoir eu la gloire de fonder la première classification botanique et donné une direction analogue à la minéralogie, s’occupa de l’analyse des minerais, des eaux thermales et de la cristallisation des sels. Ici nous voyons encore reparaître l’illustre Bernard Palissy, comme le pre-

mier représentant de la chimie appliquée aux arts. Jetant sur cette science, comme sur plusieurs autres, son coup d’œil de génie , il avança la fabrication des verres coloriés et des émaux ; il s’occupa de la théorie des sels, des mordants, de l’alunage des étoffes, des eaux minérales et de la valeur des engrais. Il s’éleva contre les rêveries et la mauvaise foi de certains adeptes, il lit justice de l’or potable, de la pharmacie compliquée, du charlatanisme des médecins arabistes, des vaines théories alchimiques, mais surtout il eut le mérite de faire prévaloir, près d’un siècle avant Bacon, la méthode expérimentale, par la double autorité de sa parole et de son exemple.

Les chimistes de la seconde moitié du xvie siècle s’avancèrent dans une route de plus en plus droite, à mesure qu’ils abandonnèrent les errements de l’alchimie. L’un d’eux est un Anglais , Robert Fludd (Robertus de Fluctibus), qui chercha à concilier les sciences occultes avec les sciences positives , en rattachant les phénomènes du monde physique à ceux du monde surnaturel. Malheureusement il n’y réussit pas toujours. Philosophe, médecin, anatomiste, physicien, chimiste, mathématicien, il était encore très-habile en mécanique. Entraîné par son penchant pour le merveilleux et attaché secrètement à la secte des Rosecroix; il était en même temps astrologue, nécromancien et chiromancien. Robert Fludd était à coup sûr un des hommes les plus extraordinaires du xvi° siècle, bien qu’il reste aujourd’hui fort peu de chose de sa doctrine et de ses écrits.

La secte des Rosecroix tirait son origine et son nom d’un gentilhomme allemand nommé Rosen-

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