LIVRE V
kreutz, qui, ayant voyagé en Égypte et en Orient, en avait rapporté quelques idées d’astrologie, d’alchimie et de médecine. Les Rosecroix pratiquaient toutes ces choses, auxquelles ils mêlaient encore de la théologie et du mysticisme. Ils regardaient Paracelse comme un envoyé de Dieu. Ils prétendaient guérir certaines maladies par la seule force de la volonté, comme le prétendent encore aujourd’hui les adeptes du magnétisme animal.
Les Rosecroix restèrent longtemps cachés en Allemagne, où les conceptions fantastiques trouvèrent toujours un sol propre à les faire fructifier, et ne se révélèrent qu’au commencement du xvn° siècle. A cette époque, cette secte étendit ses ramifications dans toute l’Europe. Bien qu’elle paraisse éteinte aujourd’hui, le nom de Rosecroix s’est conservé dans la franc-maçonnerie, où il s’applique h un grade trèsélevé.
Nous dirons un peu plus loin ce que la physique doit aux travaux de Robert Fludd; mais il figure aussi parmi les chimistes sérieux ou éclectiques de cette période, car non-seulement il avança la science par des aperçus nouveaux, mais il l’enrichit par la découverte de plusieurs faits intéressants. Il réduisait à deux principes la cause de tous les phénomènes naturels : 1° à la condensation, qu’il appelle la vertu boréale, et 2° à la raréfaction , qu’il nomme vertu australe : sorte de polarisation ou d’antagonisme qui se rapproche de la doctrine de l’impulsion et de la répulsion.
Robert Fludd s’occupa aussi de physiologie. Il s’exerça sur la composition du sang. Il compara la digestion à la distillation : « Les dents, dit-il, opèrent
la pulvérisation et le mélange des matières. L’œsophage représente le col de la cornue, laquelle est représentée elle-même par l’estomac. Les liquides à distiller sont la salive , les boissons et les sucs gastriques. La chaleur y joue également son rôle, et les sécrétions sont analogues au caput mortuum ou résidu inerte des opérations chimiques.
Les écrits de Pi. Fludd forment une assez volumineuse collection, dont une grande partie est consacrée à la polémique, car ils furent vivement réfutés par Gassendi, Forster, Mersenne et par Kepler. Son principal ouvrage a pour titre : Utriusque Cosmi metaphysica, pliysica atque technica Historia. Bien que le style en soit obscur et parfois inintelligible, ses ouvrages sont encore recherchés pour leurs bizarreries et pour certains éclairs lumineux qui en jaillissent. Nous verrons bientôt que c’est dans les questions de physique qu’éclata surtout son mérite incontesté.
C’est à peu près à la même date qu’il faut placer ce que nous avons à dire de Van Plelmont qui occupa un rang si élevé dans l’histoire de la chimie, comme dans celle de la physique, de la médecine et même de la philosophie.
Au nom de Van Iielmont, comme à celui de Paracelse, se rattache assez généralement l’idée des derniers efforts du théosophisme, de l’alchimie, en un mot, des sciences occultes, prêtes à disparaître devant un ordre d’idées plus rationnel , que l’âge suivant s’appliquera à développer. C’est à tort pourtant que l’on réunit sous un même point de vue ces deux personnages que des caractères bien tranchés distinguent et devraient empêcher de confondre. Van Hel-