‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 100 sur 356 · CHAP. VI. — HISTOIRE DE LA CLASSIFICATION PALÉOXTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — HISTOIRE DE LA CLASSIFICATION PALÉOXTOLOGIQUE

rie tout h fait rudimenlaires de créations renouvelées après autani de cataclysmes? Cependant, cette coordination générale des ôtres à travers l'histoire de la Terre, d'autres, parmi ses contemporains, en avaient l'intuition plus ou moins nette et il suffit de lire Cuvier luimême, pour trouver, dans les théories qu'il ridiculise en amples périodes et qu'il écrase sous la magnificence de son style, des idées, qui, plus tard, ont fait pâlir les siennes :

« Pour Demaillet (1748), dit-il ironiquement, tous les animaux terrestres avaient d'abord été marins; l'homme lui-même avait commencé par être poisson; et l'auteur assure [vous voyez la finesse de la raillerie, que nous avons vue se reproduire avec le même esprit pour le singe de Darwin], qu'il n'est pas rare de rencontrer dans l'Océan des poissons, qui ne sont encore devenus hommes qu'à moitié, mais dont la race le deviendra tout à fait quelque jour'... »

« De nos jours, des esprits plus libres que jamais ont aussi voulu s'exercer sur ce grand sujet : quelques écrivains ont reproduit et prodigieusement étendu les idées de Demaillet : ils disent que tout fut liquide dans l'origine ; que le liquide engendra des animaux d'abord très simples, tels que les monades ou autres espèces infusoires et microscopiques; que, par suite des temps, en prenant des habitudes diverses, les races animales se compliquèrent et se diversifièrent, au point où nous les voyons aujourd'hui... »

Et ailleurs : « Pourquoi les races actuelles, me dira-t-on, ne seraientelles pas des modifications de ces races anciennes, que l'on trouve parmi les fossiles, modifications qui auraient été produites par les circonstances locales et le changement de climat, et portées à cette extrême diftérence par la longue succession des années ?... Si les espèces avaient changé par degré, on trouverait des traces de ces modifications graduelles... Puisqu'on ne les trouve pas, c'est donc que les espèces d'autrefois étaient aussi constantes que les nôtres, ou du moins que la catastrophe qui les a détruites ne leur a pas laissé le temps de se livrer à leurs variations. »

Ces passages, signés d'un nom aussi illustre, étaient à reproduire ; ainsi

{.Révolutions du globe, page A&; ibid.pageiil.il est facile de retrouver, chez les plus anciens philosophes grecs et, sans doute, avant eux, dans les traditions chaldéennes, l'origine de l'idée d'évolution, comme on y retrouve toutes nos théories relatives à l'énergie, à la force et à la matière, à la vie, etc. : théories, qui, depuis au moins trente ou quarante siècles, continuent à être discutées, affirmées ou niées, abandonnées ou adoptées avec la même assurance et la même conviction. Thalês de MiLET, vers 640 avant Jésus-Christ, parait avoir considéré tous les êtres vivants comme élaborés au fond des eaux marines. Pour Empédocle, vers 450, les premiers êtres auraient été formés de rencontres entre des éléments épars au sein des eaux; ]es formes capables de vivre avantageusement auraient seules subsisté.

De Liu^AT. — Science géologique. 43

que Cuvier lui-même nous l'apprend dans une note, ils visent directement Lamarck, le précurseur si longlempsméconnu de Darwin '.Laissant donc de côté cette idée d'évolution et de transformisme, qui n'a fait, au début du XIX* siècle, qu'une première apparition timide, la classification paléontologique, inaugurée par les Cuvier, les Brongniart, les d'Orbigny, etc., est partie d'un principe tout différent, a admis une autre hypothèse : celle d'une série de démarcations, de coupures générales et profondes, correspondant, dans l'histoire de la Terre, à un nombre é"-al de cataclysmes universels. Autant ces créateurs de la paléontologie straligraphique apercevaient d'étages géologiques distincts, autant de fois il leur semblait y avoir eu renouvellement complet de lafaune^. C'étaient les marches d'un escalier, là où nous voyons une pente continue.

Une telle conception, chez d'aussi grands esprits, est d'autant plus surprenante que ce n'est pas seulement chaque étage, c'est chaque banc, chaque petit lit d'argile, de marne ou de calcaire, qui présente une faune nouvelle, différente de celle qu'on rencontre dans le lit du dessous, de celle qui apparaîtra dans le lit superposé; et, alors, c'est donc par milliers qu'il faudrait compter ces créations ! Néanmoins cette théorie a prévalu longtemps dans la science et, sans parler (le l'application stratigraphique , sur laquelle nous nous trouvons empiéter un peu, elle a entraîné, en classification même, des conséquences, dont nous souffrons encore.

Il était, en effet, nécessaire et logique que, dans chacune des faunes nouvelles, tous les êtres fussent des êtres nouveaux, prissent un nom nouveau, puisque l'on supposait la création renouvelée chaque fois de fond en comble. Et alors on était amené à créer, pour le même fossile rencontré dans plusieurs étages successifs, autant de noms qu'il y avait d'élages, en sorte que, dans la pratique, on ne pouvait souvent et on ne peut encore parfois attribuer son nom au fossile que lorsqu'on en connaît l'étage : ce qui est le contraire du principe même, sur lequel est fondée toute la paléontologie straligraphique.

Sans doute, avec l'idée d'évolution, d'enchaînement, qui domine aujourd'hui les conceptions des naturalistes, on peut être conduit .^ quelque chose d'analogue; théoriquement, il semble qu'il n'ait jamais dily avoir aucune espèce invariable et, par conséquent, que le fossile, renfermé dans un étage doive être toujours plus ou moins différent du

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