‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 99 sur 356 · CHAP. VI. — HISTOIRE DE LA CLASSIFICATION PALÉONTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — HISTOIRE DE LA CLASSIFICATION PALÉONTOLOGIQUE

tronc dans trois échantillons, présentant : l'un l'empreinte de l écorce externe (Caulopteris); le second, celle du cylindre ligneux central {Plychopteris) et le troisième, le tronc lui-même à structure conservée (Psarontus). Là aussi, il reste un travail de simplification considérable à accomplira

2* Classification. — L'identification, h elle seule, n'est qu'un moyen de recherche et non un but; pour qu'un être fossile commence à nous intéresser, pour qu'il devienne un élément archéologique, pour qu'il aide à la reconnaissance de l'âge d'un terrain, il faut qu'on lui ait attribué sa place réelle dans la série des organismes vivants, qui, on n'a pas tardé à le reconnaître, s'est modifiée avec le temps; il faut que ce fossile, consulté par nous, réponde, non seulement son nom, mais surtout l'époque de sa venue, c'est-à-dire, suivant les idées actuelles, nous dise le niveau qu'il occupe sur l'arbre généalogique de sa famille ^

Il est toujours facile de classer les êtres d'après un élément caractéristique quelconque et le choix de cet élément pourrait d'abord sembler livré à l'arbitraire, bien qu'on aperçoive aussitôt une différence entre une classification des êtres humains, fondée sur la longueur de leur nez et de leurs oreilles, ou une autre établie sur l'angle facial et les circonvolutions du cerveau. On a pu essayer, en paléontologie, bien des procédés de classification plus ou moins rationnels, qui tous tendaient à rapprocher les êtres les plus réellement analogues'; mais, pour établir cette analogie, il semble bien qu'on ne soit arrivé à un principe directeur réellement solide que le jour où on l'a envisagée comme résultant d'une communauté d'origiue. A cet égard, la théorie du transformisme (qu'elle soit, d'ailleurs, exacte ou non dans la forme où elle a été présentée), a fourni aux classifications naturelles le fil d'Ariane, qui leur manquait et fait, en même temps, de la paléo-zoologie, de la paléo-phj-tologie, la base même de toute science des animaux ou des plantes actuels.

Ce n'est pas du premier coup que l'on a atteint cette étape et il a fallu auparavant traverser des périodes, où l'on se laissait guider par des principes entièrement différents. Rappeler ces anciennes idées ne sera pas seulement faire l'histoire de la science, c'est aussi recons-

1. Zeilleb. Éléments de paléobotanique (1 vol. Paris, Carré et Naud, 1900 ; Introduction).

2. On désigne, sous le nom de phylogénie, la détermination de cet arbre généalogique, de ces liens de parenté entre les espèces.

3. La classification botanique de Ll\né n'a, d'abord, étéelle-même qu'un procédé commode pour exposer les caractères et faciliter les recherches ; ce n'est qu'à la fin de sa vie que Ldojk a chercbé à la rendre moins artificielle, plus rationnelle. La première classification que l'on puisse considérer comme naturelle, a été établie par de Jussieo.

tituer la marche logique de l'esprit humain, il ne faut pas, d'ailleurs, s imaginer que, dans cet ordre d'idées, la science des êtres anciens ait atteint aujourd'hui le but, ni même en soit très voisine ; la solution définitive est encore singulièrement lointaine et nous ne devons pas nous en étonner; cai*^une bonne classification naturelle doit être conçue de telle sorte que, si elle était réalisée, la science, à laquelle elle s'appliquerait, serait achevée et s'y trouverait tout entière implicitement renfermée.

Les premiers, qui ont cherché des fossiles au xvii* et au xviii* siècle, comme la plupart de ceux qui en recueillent encore, n'en demandaient pas si long. A ce début de la paléontologie, tout était nouveau ; les plus savants d'alors ont donc procédé, comme on voit chaque jour encore les ignorants le faire, en recueillant pêle-mêle, dans les carrières et les tranchées, puis décrivant au hasard ce qui leur semblait curieux, les silex à apparences de bêtes ou d'oiseaux et les dendrites à formes de végétaux, avec les haches de pierre ou de bronze qu'on appelait des pierres de foudre, les cristaux de quartz ou de pyrite, les agates et les bois silicifiés avec les fossiles proprement dits et, parmi ceux-ci, les plus communs, les plus gros, de préférence, sans aucun souci de particularités caractéristiques ou de la conservation du test, sans aucune indication sur le gisement. On a ainsi publié beaucoup de gros volumes à belles figures S où les formes les plus aisées à reconnaître se trouvaient pourtant dénommées, c'est-à-dire rattachées à la classification zoologique des êtres vivants, que l'on commençait à établir. Chaque identification problématique d'une espèce disparue conduisait également à une intercalation de cette espèce dans la môme série vivante, encore tout à fait empirique et fondée sur l'examen le plus superficiel, mais qui, néanmoins, avec le progrès des moyens d'étude, tendait à se préciser chaque jour.

Les choses en sont restées là, jusqu'au moment, où tous ces collectionneurs de coquillages, parmi lesquels beaucoup devaient être, par leur amour même pour les collections, attentifs et méticuleux, ont remarqué une corrélation entre les types de fossiles et les bancs de terrain, où on les rencontrait. Cela s'est produit assez vite et, dès 1712, Fontenelle pouvait, à l'occasion des travaux de Scheuchzer, prononcer sa phrase classique sur les fossiles comparés à des médailles ; un peu plus tard,

1. Ces beaux livres anciens à images sont généralement consacrés à la description des curiosités, des raretés rassemblées dans quelques collections; citons, entre bien d'autres : d'Amboinsche Rarileit-Kamer,... beschreven door Georgius Everhar- DusRuMPiiius (Amsterdam, in-fol. 1705). — Baier, Oryclographia norica (Nuremberg, In-folio 1730). — Auuustino Scilla. De corporibus marinis lapidescentibus qux defossa reperientur (Rome, in-4», 1759).

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Buffon appelait également les fossiles « les seuls monuments des premiers âges du monde... Leur forme est, disait-il, une inscription authentique, qu'il est aisé de lire en la comparant avec la forme des êtres organisés du même genre ».

C'est, d'après d'Archiac, l'abbé Giraud Soulavie, qui, le premier, en 1777, dans ses études sur le midi de la France et le Vivarais, « précisa le rôle de la paléontologie, en démontrant, par l'observation directe, que les fossiles différent suivant leur âge et la superposition des couches qui les renferment' ». Mais ce précurseur resta, comme tant d'autres, tout à fait inconnu et il fallut que le même principe fût formulé de nouveau et appliqué avec continuité en Angleterre par W. Smith (1795) pour acquérir droit de cité. W. Smith et ses successeurs commencèrent à ranger suivant un ordre historique les divers terrains, datés chacun par leur faune et limités à quelque lacune de la sédimentation et, par un phénomène singulier, dont on crut d'abord trouver l'explication toute simple dans l'idée des créations successives, il est arrivé que cette échelle stratigraphique, établie au début seulement pour l'Angleterre, le Nord de la France ou l'Allemagne, s'est montrée plus tard à peu près applicable au reste du monde.

A partir de ce moment, la paléontologie cessait d'être une amusette pour devenir une science importante ; car, de cette observation fondamentale, on pouvait aussitôt tirer deux conclusions ; grâce à elle, on pouvait établir deux principes. Dune part, il devenait permis d'entrevoir la transformation des êtres avec le temps, à ♦ravers la succession des époques révélées par la stratigraphi'' . c'est-à-dire que ion allait fonder la zoologie historique; d'autre part, et inversement, on pouvait envisager les fossiles comme un moyen de reconnaître et de classifier chronologiquement les terrains, constituer la stratigraphie paléontologique. Ce fut, nous l'avons vu déjà, la gloire des Brongniart, des Cuvier, des Lamarck et de leurs contemporains d'avoir tiré les premiers de cette idée les conséquences immédiates, qu'elle comportait.

Nous n'en sommes encore qu'à la zoologie historique, à l'histoire des êtres considérée comme un élément de classification : l'application de la paléontologie à la stratigraphie devant être traitée un peu plus tard.

Dans cet ordre d'idées, on sait, et j'ai déjà rappelé, ce qu'a trouvé le

1. Les changements de faune, parfois si marqués, que l'on peut observer entre deux petits bancs superposés, s'expliquent, soit par une discontinuité de la sédimentation, soit par un changement dans le sens des courants ou dans la profondeur des eaux, amenant une modiGcation de faciès, soit encore exceptionnellement, suivant une théorie un peu abandonnée, par une lacune correspondant aa plan de séparation des strates, pendant laquelle cette transformation aurait eu le temps de se produire.

génie de Cuvier. En montrant la coordination des diverses parties dans un animal et la relation de toutes ces parties avec le genre de vie, il n'a pas seulement donné un moyen d'identifier des pièces isolées et en quelque sorte dépareillées, de reconstituer, comme on l'a dit depuis longtemps, tout un animal et toutes ses conditions de vie par un seul élément de son squelette; il a, en outre, fourni un procédé admirable pour rattacher les animaux les uns aux autres en comparant, par exemple, entre elles, celles de leurs parties, telles que les dents des vertébrés, qui peuvent passer pour les plus caractéristiques. C'est, au fond, en partant des idées de Cuvier que l'on a établi peu à peu ces relations d'origine entre des faunes successives : ce transformisme en un mot, auquel Cuvier, par une inconséquence fâcheuse, s'est toujours montré si résolument opposé.

Mais l'application, dans cette voie, des idées de Cuvier s'est trouvée malheureusement retardée pour très longtemps par une idée fausse, à laquelle ce grand homme attachait une importance capitale et, puisque je retrace ici l'histoire de la méthode paléontologique, il faut bien faire une place à cette théorie des « cataclysmes», des « créations successives », qui, défendue encore vers 1850 par d'Orbigny, a, directement ou indirectement, entraîné tant d'erreurs géologiques.

On est surpris, quand on reprend avec nos idées actuelles l'histoire de la Science, que Cuvier, au lieu de railler dédaigneusement Lamarck et le transformisme naissant, n'ait pas vu, au contraire, dans ces hypothèses aventureuses (il est vrai, mélangées alors avec bien des conceptions fantaisistes) la suite logique des siennes propres.

Lui, qui avait si bien su mettre en évidence le principe d'ordre, celui de corrélation entre les organes, les fonctions à remplir et les besoins à satisfaire, dans l'animal d'abord, puis dans l'espèce, aurait dû, ce semble, être tenté de chercher une coordination analogue, dans tout l'ensemble des êtres et de leurs espèces à travers le temps. Puisqu'il reconnaissait si admirablement que l'organe est adapté à la fonction, (ce qui, à moins de supposer un plan préconçu, était déjà presque admettre que de la fonction naît l'organe), comment n'a-t-il pas été séduit par l'hypothèse d'une modification dans les besoins, entraînant une modification des organes, qui aurait pu aller progressivement jusqu'à une transformation de ce qu'on appelait l'espèce? Puisqu'il voyait si nettement les faunes successives apparaître, les unes à la suite des autres, historiquement, sur la surface de la Terre et présenter des analogies si évidentes dans les époques voisines, avec des dissemblances si manifestes aux époques éloignées, comment n'a-t-il pas cherché une autre explication d'un tel phénomène que cette théo-

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