‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 123 sur 356 · LA MÉTHODE PALÉO-GÉOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE PALÉO-GÉOGRAPHIQUE

l. Tracé dks cartes géographiques anciennes. — A) Reconstitution de la place occupée par les continents et les mers. Détermination précise des rivages. — B) Prolongation de ces cartes à travers nos régions marines. Fades Atlantique et fades Padfique.

\\. Tracé des reliefs paléo-géographiqitbs. — Évaluation des profondeurs marines par la nature des sédiments et de la faune, des reliefs continentaux par la flore, par les phénomènes glaciaires, etc.

in. Autres élé.\ients d'un atlas de paléo-géographik physique. — Reconstitution des climats, des courants, des lignes de volcans. Cartes géologiques d'une époque ancienne.

L'un des résultats principaux, que poursuivent actuellement les géologues, est la reconstitution des cartes géographiques terrestres aux diverses époques successives ; ils étudient ain&i ce que l'on peut appeler la paléo-géographie S ou la géographie ancienne, variable à toutes les époques et, en général, tout à fait différente de la géographie actuelle.

1. Élik de Beauiiost a peut-être donné, dans sa carte de l'Europe à l'époque du calcaire grossier (Mém. pour servir à une descr. géol. de la France, t. III, 1836, pi. V), le plus ancien essai paléo-géographique publié. Plus tard, il faut citer la carte de l'Europe miocène jointe par G. Ueer à sa Flora Tertiaria Helvetiae et, vers la même époque. la carte de Mabcou (1857-1860), puis les essais de DeslongcaAMPS, GossELET, Hkbeat, DE Saporta en France, ceux de Edw. Hill et Jukbs- Browkk en Angleterre. On doit à ce dernier, dans son livre : The Building oftke British Mes, a Study in Geographical Evolution, 2» éd., London 1892, une sorte de théorie des restaurations paléo-géographiques, exposée à propos d'un exemple concret. — Voir également un travail de Bodé en 1875 : Einiges zttr paldo-geologischen Géographie (Acad. de Vienuej. — Mais le grand mouvement, dans l'ordre d'idées paléo-géographique, me parait attribuable à M. Soess. Tout son ouvrage sur la Face de la Terre, quoique ne formulant pas les résultats par des cartes, a, en effet, pour bat essentiel de reconstituer l'histoire de la géographie terrestre.

Necuayr, d'après les travaux de M. Scess, a donné autrefois une carte des zones de plissements tertiaires, qui est devenue classique (ErdgeschicfUe, II, 655), ainsi que son planisphère jurassique (1885). Puis sont venus, plus récemment, les travaux de M. Fritz Frech (Lethaea Paleozoica, t. II, Stuttgart, 1897-1899) pour les terrains paléozolques et enfin ceux de A. de Lappare-vt, qui, dans la 4* édition de son Traité de Géologie, a donné, le premier, une série complète de cartes, représentant la Terre à toutes les époques. Enfin divers auteurs tels que Dana, MM. Bar- ROis, Marcel Bertrand, Hacg, Karpinskf, Katzbr, Pence. Walcott, ont fait également des esquisses paléo-géographiques du même genre.

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Il y a là un ordre d'idées tellement familier aux géologues professionnels qu'ils n'éprouvent plus aucun étonnement à voir, par la pensée, les mers et les montagnes se déplacer sans cesse d'un bout de la Terre à l'autre, en même temps que les climats se transforment, que les faunes et les flores évoluent. Ceux qui n'ont pas encore l'habitude de la géologie éprouvent, au contraire, quelque stupeur, et, souvent même, quelque scepticisme, en entendant parler de ces grands phénomènes ; ne se rendant pas compte de la méthode, absolument précise et indiscutable, par laquelle on est arrivé à ces conclusions, ils s imaginent volontiers qu'on leur raconte des romans ou des rêveries. Le jour où l'on arrive à les convaincre, il leur semble tout à fait curieux d'apprendre que des mers ont existé à la place des Alpes et des plantes tropicales au Spitzberg ou en Groenland, que des lions et des rhinocéros ont erré sur l'emplacement futur de Paris, qu'il a nagé des poissons marins par-dessus l'Himalaya ou le Caucase.

La reconstitution de semblables cartes géographiques, relatives aux périodes anciennes, présente, en effet, déjà, par elle-même, un intérêt de curiosité réelle ; nous aimons à connaître cette histoire de la Terre avant l'homme, comme nous nous amusons à entendre le récit des événements historiques, qui se sont déroulés plus tard dans le coin de la Terre où nous habitons. Mais le secours de la paléo-géographie paraît, en outre, de plus en plus nécessaire : soit pour établir, en stratigraphie, les limites d'étage et les synchronismes précis; soit, en tectonique, pour reconnaître ces modifications de la carte, qui accompagnent nécessairement un grand mouvement du sol; soit enfin, comme nous le verrons, en métallogénie, pour comprendre dans quelles conditions s'est incrusté un fdon, ou s'est déposé un sédiment métallifère.

On peut même ajouter que cette science est susceptible, par ses applications, de nous conduire plus loin encore et de nous mener à quelques-uns de ces résultats généraux, qui, en dernière analyse, sont les seuls véritablement importants. Ces déplacements successifs des mers, ces apparitions des montagnes n'ont pas eu lieu au hasard et l'on peut estimer que la cause d'aussi grands mouvements doit être parfois très profonde et très générale. La paléo-géographie est le moyen nécessaire pour découvrir cette cause. C'est grâce à elle seulement que nous pourrons apercevoir, dans l'écorce terrestre, certains caractères permanents, certaines zones fixes et en chercher la raison, voir ailleurs les déplacements se produire dans un certain sens et nous efforcer d'expliquer ce sens : suivre, en un mot, l'évolution progressive de la géographie, c'est-à-dire de la structure terrestre, des climats, des courants marins et, par contre-coup, des organismes.

CIIAP. Vin — TRACF' des cartes paléo-géographiques 249

C'est la paléo-géographie, également, qui nous montrera les relations des phénomènes entre eux, relations déterminant des récurrences analogues d'événements semblables à des périodes successives de l'histoire.

Dans un autre chapitre, nous envisagerons ces résultats divers de la paléo-géographie. Ici, nous nous proposons seulement d'expliquer comment on arrive à ces notions paléo-géographiques elles-mêmes, comment on reconstitue ces cartes géographiques anciennes de la Terre et dans quelle mesure on peut compter sur leur exactitude.

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