Voir plus loin, pages 411 et suiv., le sens de ces mots
256 LA SCIENCE GIÎOLOGIQUE
Nord-Sud, est évidemment Est-Ouest, sur le prolongement de la Médi terranée, que continue si bien le golfe du Mexique. C'est de part et d'autre de cette ligne médiane Est-Ouest que s'établissent les différences. C'est' ce sillon méditerranéen, ou, si l'on veut, mésogéen, qui sépare deux masses continentales, dont l'évolution a été sans cesse différente et entre lesquelles on est, par suite, disposé à admettre une très ancienne frontière établie par la mer. Cet état de choses a duré très longtemps ; il faut aller jusqu'à l'albien (35) pour trouver, sur les côtes du Brésil ou de l'Afrique Sud-Occidentale, quelques dépôts marins, prouvant que la coupure Nord-Sud s'est faite alors entre ces deux pays et, à ce moment même, il est très probable que le Canada continuée se rattacher à l'Irlande ou à l'Espagne par un grand continent. On a fait remarquer que ce continent septentrional avait dû se perpétuer très tard. A l'époque du tortonien encore (51), on voit la faune des mollusques méditerranéens se poursuivre, par les Açores et Madère, jusqu'au golfe du Mexique et à Panama : ce qui laisse supposer une ligne de rivage, ou tout au moins une chaîne d'îles. Aucun dépôt marin du tertiaire supérieur n'étant connu dans les pays septentrionaux riverains de l'Atlantique, on peut admettre qu'il a persisté là une série de grandes terres, plus ou moins continues ^ Cependant, à l'époque du tortonien, une faune froide arrive dans la Méditerranée ; il se serait donc ouvert, à ce moment, quelque bras de mer Nord-Sud, à débouché septentrional, qui paraît avoir passé par la Bétique; puis, à l'époque sicilienne (56j, les coquilles arctiques parviennent en pleine Méditerranée : ce qui ne peut s'expliquer que par une coupure plus importante encore. On est amené ainsi, peu à peu, à imaginer que l'Atlantique résulte d'effondrements, dont le dernier daterait de la fin du pliocène (56), ou même du pléistocène (57), et l'on avait même supposé autrefois, par une hypothèse aujourd'hui quelque peu abandonnée, que le changement de régime météorologique, amené par un tel événement, avait dû influer sur le développement de la période glaciaire en Europe. Les volcans qui, par leurs évents discontinus, dessinent encore l'axe de l'Atlantique (et non pas son bord comme pour le Pacifique), Jean-Mayen, l'Islande, les Açores, l'Ascension, Sainte-Hélène, Tristan-da-Cunha, sur un relèvement marqué des fonds de mer, semblent bien la trace de cette récente fracture Nord- Sud. D'autre part, il est peu probable que le prolongement de la chaîne Alpine, avec sa direction Est-Ouest, ait jamais existé sous la forme d'une ride montagneuse à travers l'Atlantique ; car, même enfoncé par
1 . Il ne faut pas chercher de rapprochement entre cette hypothèse et la fameuse Atlan* dide de Plato.n, qui ne représente en rien le souvenir d'un phénomène géoIoRique.
CIIAP. VIII. — TRACK DES RELIEFS PALÉO-CÉOGRAPIIIQLES 257
les efTondrcmcnts, il se décèlerait, sans doute, par des relèvements des fonds, qu on n aperçoit pas.
Des considérations analogues montrent que l'elTondrement du canal de Mozambique, entre Madagascar et l'Afrique du Sud, longuement reliées lune à l'autre, date seulement du liasien (23); la môme époque a vu commencer à se creuser, par le Sud, locéan Indien, qui n'a atteint les côtes de l'Inde qu'à l'albien (33); l'efTondrenjent de la mer Egée date de la fin du pliocène (36), etc., etc. Je ne saurais entrer ici dans le détail de toutes ces déterminations; mais ces exemples ont suffi h montrer toutes les ressources diverses que l'on pouvait utiliser pour le tracé dos cartes paléo-géographiques : comment, par exemple, l'arrivée d une faune boréale dans des mers chaudes iaisait admettre l'établissement d'une communication nouvelle avec les mers septentrionales, ou comment, au contraire, la persistance d'une faune marine tropicale servait à nier la possibilité d'une telle communication ; par quels raisonnements la nature des terrains sur les rivages, leur caractère de dépôt côtierou profond, ailleurs encore la direction des fractures, celles des plissements, etc., étaient tour à tour invoqués.