II. — Tracé des reliefs paléo-géographiques
ÉVALl ATION DES PROFONDEURS MARINES PAR LA NATURE DES SÉDIMENTS ET DE l,A FAUNE, DES RELIEFS CONTINENTAUX PAR LA FLORE, PA* LES PHÉNOMÈNES (JLACIAIRES, ETC.
Quand on a, par les procédés indiqués au paragraphe précédent, tracé sur une carte les contours des continents, on peut essayer d'aller plus loin et s'efforcer de reconstituer le relief du sol.
Pour la profondeur et l'allure des mers, on a quelques notions en examinant les faciès des sédiments* et les animaux recueillis.
Les dépôts varient, en effet, quand on s'éloigne delà côte pour gagner le large.
Ainsi les conglomérats formés de gros galets soudés ensemble, les grès grossiers n'ont pu se former qu'à proximité de la côte. C'est encore dans la seule zone alternativement couverte et découverte par les marées qu'ont pu vivre les coquilles perforantes, dont on retrouve les innombrables trous dans certains terrains anciens. Un dépôt de delta présente également une coupe caractéristique et l'indice d'un phénomène littoral localisé à l'embouchure d'un grand fleuve. Plus loin du rivage, viennent encore, parfois sur 230 kilomètres de large, des
1. Deux dépôts synchroniques de même faciès sont dits isopiques.
Di Lau!«*t. — Science géologique. 17
dépôts terrigènes, sables, vases bleues ou verdâtres, avec accumulalions d'organismes calcaires. Au contraire, dans les grandes profondeurs des océans (zone abyssale), il se forme surtout, avec des boues planctogènes, une argile rouge ou grise à nodules manganésifères.
Mais, bien plus que les simples caractères litliologiques, les restes d'organismes nous renseignent sur les conditions de dépôt.
Les paléontologues reconnaissent aisément si un animal fossile a vécu sur la terre, dans les airs ou dans les eaux, si un coquillage fossile appartient à un être ayant séjourné en eau douce, en eau saumâtre ou en eau salée. Les accumulations de végétaux terrestres caractérisent également un lac, un estuaire, ou tout au plus un rivage.
On distingue ainsi plusieurs zones :
1" Zone littorale, agitée par les vagues, avec lamellibranches perforants, huîtres, moules, plicatules (animaux ayant vécu attachés au rocher), puis oursins, brachiopodes et restes d'animaux de mers plus profondes, tels que les ammonites et les bélemnites ;
2" Zone nérilique, correspondant en moyenne sm plateau continental jusqu'à 200 mètres de profondeur, avec température variable, agitation par les vagues, pénétration de la lumière permettant la vie des végétaux, etc. Là vivent les gastéropodes herbivores et les carnivores qui s'en nourrissent. C'est le domaine des coralliaires et des bryozoaires, dont le remaniement donne une boue calcaire ou craie;
3° Zone profonde, où dominent les animaux pélagiques (ou plancton), avec quelques limnivoresou mangeurs de boue.
Dans cette zone plus profonde elle-même, on peut séparer encore celle qui s'étend de 200 à l.OOO mètres de profondeur, oabathyale. Là, faute de lumière suffisante, l'action chlorophyllienne est nulle, de sorte que les algues et les herbivores font défaut. C'est le domaine des poissons, des céphalopodes, notamment des ammonites, considérés autrefois à tort comme des animaux bons nageurs, et ayant vécu, au contraire, près du fond. Cette zone balhyale offre encore des boues terrigènes, riches en matière organique et en sulfures.
Quand la profondeur dépasse 1.000 mètres, on atteint la zone dite abyssale, obscure, presque glacée, néanmoins peuplée par de nombreux animaux phosphorescents, présentant souvent une hypertrophie oculaire, ou, au contraire, rarement aveugles : carnivores et limnivores, alimentés, à l'origine de leur cycle vital, par le plancton supérieur et par les miettes cadavériques descendues sans se décomposer dans cette saumure glacée.
Parmi les sédiments formés de plancton, les boues calcaires à globigérines ou à ptéropodes, caractéristiques aujourd'hui des zones tro-