‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 130 sur 356 · CHAI». VIII. - TRACÉ DES RELIEFS PALÉO-GÉOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

CHAI». VIII. - TRACÉ DES RELIEFS PALÉO-GÉOGRAPHIQUES

picales, peuvent s'enfoncer jusqu'à 4.000 et o.OOO mètres. Les boues siliceuses à radiolaires des eaux plus froides vont de 4.000 à 8.000 mètres. Les boues à diatomées se localisent dans les régions antarctiques.

On peut donc, en présence d'un terrain quelconque de nos champs contenant des restes fossilisés d'animaux, dire : « à telle époque de l'histoire géologique, il y avait, en ce point, un lac, un estuaire, un rivage marin, ou une profondeur de plusieurs dizaines de mètres d'eau.

On va même plus loin encore. Ainsi, la présence de moules indique, en général, des eaux vaseuses ; celle des coraux suppose une température moyenne élevée, une profondeur variant de 40 mètres à zéro, enfin une eau marine très pure; telle plante ou tel mammifère, dont on connaît à peu près les conditions de vie, renseignera sur le climat, le caractère de la végétation, etc. On aura, par d'autres observations, des indices sur le sens des courants marins, sur les embouchures de fleuves dans la mer, sur les incursions possibles de la mer dans un lac d'eau douce, etc.

Le relief des continents est plus difficile à établir; car la considération des plantes, à laquelle on doit songer d'abord, est encore un guide très aléatoire, faute de notions suffisamment précises sur le climat de la période considérée; et l'uniformité de climats, qu'on a supposée dans les périodes anciennes, lui enlève beaucoup de sa valeur. Il est môme possible que, dans certains cas, où une déu^mination d'âge est uniquement fondée sur la flore, nous distinguions mal ce qui tient à une différence d'âge de ce qui implique une différence d'altitude. Cependant, une fois le climat général d'une époque déterminé comme nous le verrons plus tard, les différences de deux flores contemporaines peuvent, d'une région à l'autre, manifester celte différence d'altitude, et ce caractère devient surtout précieux pour les étages tertiaires, où la différenciation est plus nette et où, de plus, les formes continentales sont mieux connues.

La détermination préalable du climat peut également nous renseigner sur la limite d'altitude à partir de laquelle pouvaient exister des neiges persistantes, de telle sorte que la présence de glaciers anciens implique cette altitude minima pour la chaîne correspondante.

On peut encore, par la tectonique, reconnaître les régions où se trouvaient alors les grands massifs montagneux plissés; les dépôts lacustres indiquent la position des lacs; les roches éruptives arrivées au voisinage de la surface, celle des manifestations volcaniques ; la transgression marine d'un terrain immédiatement postérieur peut faire connaître les zones de plaines abrasées, de pénéplaines, etc., etc.

A l'époque carbonifère (il à 13), on constate, en Carinlhie, des alternances de grès à végétaux terrestres avec des calcaires marins, et on en conclut la proximité d'un rivage; d'autre part, ces dépôts sont là en concordance avec les dépôts primaires, sur lesquels ils reposent, et la même concordance se poursuit vers le Piémont, puis le Briançonnais. C'est donc que, dans ces régions, il ne s'est pas produit de mouvement du sol avant l'époque carbonifère. On suppose, dès lors, qu'une plaine basse, submergée ou non, devait prolonger la lagune carinthienne, à travers la Haute Italie, vers la vallée du Rhône. La montagne commence alors au Plateau Central, où les mouvements du sol, antérieurs au carbonifère, se manifestent de tous côtés, et là, sans même parler des glaciers possibles d'après certaines observations, les conglomérats abondants du stéphanien (13) prouvent l'existence d'une saillie considérable, dont l'érosion postérieure se trouve, en outre, démontrée par l'apparition actuelle au jour de roches certainement cristallisées à de grandes profondeurs.

Il arrive même, dans certaines circonstances favorables, que l'on puisse reconstituer, avec une précision absolue, le relief d'une période déterminée, lorsque, pendant cette période, un dépôt sédimentaire transgressif est venu s'accumuler par-dessus et nous le conserver en le moulant, comme les laves et les cendres nous ont gardé les ruines d'Herculanum et de Pompéi.

Tel est, par exemple, le cas, dans tout le Nord de la France, au moment de la transgression crétacée, qui a pris son développement pendant le sônonien (38). Cette transgression recouvre des terrains très divers et ces terrains ont un relief très accidenté, que l'on peut tracer, par lignes de niveau, au moyen des résultats de sondages. C'est ainsi que M. Gosselet a pu reconnaître l'existence, à ce moment, de cavités topographiques circulaires avec débouché par une vallée et moraine à l'extrémité, prouvant peut-être le passage d'un glacier après le carbonifère inférieur (11), érodé par ce phénomène.

La base de tous les terrains transgressifs, tels que le Karoo de l'Afrique Australe, le Gondwana de l'Inde, le stéphanien de notre Plateau Central, présente ainsi des dépressions comblées par les premiers conglomérats, qui nous donnent une image, évidemment très atténuée, de ce que pouvait être la superficie avant ce comblement.

Comme nous l'avons vu précédemment*, on cherche, d'ailleurs, de toute manière, en stratigraphie, à tracer ainsi, par courbes de niveau, la superficie d'un terrain ancien, recouvert par son manteau plus ou

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