I. Chapitre IV, pages 93 à
CIIAP. X. — LE ROLE DE L'EAU EN GÉOLOGIE 2fl!
cielle, sous deux formes esscnliellos, qui sont leau cl la clialeur. L*eau esU'agent par excellence, soit comme véhicule permettant à la gravité de s'exercer librement, soit comme dissolvant donnant carrière aux réactions chimiques et comme réactif chimique lui-même, dont l'intensité s'accroît vite avec la pression. Le rôle de la chaleur, très subordonné à la surface, se manifeste avec une force croissante à mesure que l'on s'enfonce dans la profondeur, et se combine alors avec l activité des principes volatils, qui, à lair libre, sous la pression atmosphérique, n'ont qu'une influence très faible, tandis que leur importance s'accentue, jusqu'à devenir prépondérante, à mesure que la pression s'accroît. L'électricité peut prendre part également, soit aux phénomènes météoriques de la superficie, soit aux mouvements des fluides internes; mais son action est encore mal déterminée.
Si nous commençons par Veau, ses deux modes d'action essentiels sont ceux, qui vont être étudiés bientôt en détail : 1" l'eau est l'agent d érosion, grâce auquel la superficie terrestre tend à s'aplanir et à perdre les inégalités résultant des mouvements internes; c'est l'eau, qui entame, qui use les continents et c'est elle qui produit toutes les sédimentations, dont il a été question ailleurs ; 2° l'eau est un réactit ciumiquc et un dissolvant, qui ajoute à son action propre celle de tous les sels ou gaz, auxquels elle sert de véhicule. A ce titre, la circulation des eaux superficielles, ou des eaux demeuraL* à faible distance de la superficie, est la cause prédominante des réactions, des altérations diverses, des métasomatoses, qui caractérisent les transformations continentales. Plus profondément, l'eau échauffée constitue les sources thermales, déjà étudiées précédemment, qui, ainsi que nous l'avons vu, dissolvent sur leur circuit et amènent à la superficie des substances minérales diverses ; elle est surtout l'agent essentiel de tous les phénomènes de fumerolles, qui accompagnent et déterminent les cristallisations des roches acides, les ségrégations de bases et de métaux, les incrustations de filons métallifères et, finalement, les formes superticielles du volcanisme.
Si l'eau manquait à la surface, l'action de la gravité, sexerçant directement sur des roches et terrains solides, que ne fissureraient plus les gelées, que ne mineraient plus les eaux profondes, que ne désagrégeraient plus les altérations chimiques, se réduirait à fort peu de chose ; quelques blocs pourraient tomber des montagnes, mais resteraient au point de leur chute; le vent même, ne trouvant pas de matériaux meubles, déjà préparés par la désagrégation, ne produirait que des déplacements insignifiants ; les sédimentations s'arrêteraient nécessairement ; la forme extérieure de la Terre serait fixée, ou, du
moins, ne subirait plus que l'action des forces internes. On peut ajouter que, fautç de vapeur d'eau, la Terre renverrait les radiations solaires comme un miroir, sans s'échauffer, sans emmagasiner de chaleur pour les nuits ou les hivers. En môme temps, la vie, telle que nous l'entendons, serait impossible. A l'intérieur même de notre globe, faute d'eau, l'activité éruptive se restreindrait sans doute et n'aurait probablement plus de contre-coup superficiel. Les actions calorifiques ne produiraient plus que des fusions purement ignées, qui, sans intervention de principes mobiles, de minéraliseurs, pourraient se limiter aux ségrégations en vase clos, imaginées par quelques pétrographes ; la forme violente du volcanisme serait exclue ; les mouvements de la géodynamique n'auraient peut-être plus de cause.
Cette éventualité de la disparition, ou tout au moins de la diminution de l'eau est une de celles que doit prévoir la géologie et l'une des causes nombreuses, qui assignent une durée limitée à la vie de l'espèce humaine. La quantité d'eau existant sur la Terre ne saurait manquer de se réduire progressivement par le seul fait que l'eau est l'agent d'oxydation principal et que les matériaux nouveaux, sortant des réserves profondes de la nature, c'est-à-dire d'un milieu réducteur, absorbent de l'oxygène en approchant de la superficie. En principe, les formes oxydées sont des formes plus stables que les formes réduites ; il faut leur fournir de la chaleur pour les réduire ; elles en dégagent en se produisant; l'ensemble des réactions chimiques superficielles se traduit donc, en moyenne, par une oxydation, à laquelle l'eau contribue pour une forte part; une fraction de l'hydrogène mis en liberté s'échappe vers l'espace. Gomme phénomène inverse, nous n'avons que l'eau du volcanisme ^
Il est, d'ailleurs, à peu près certain que cette diminution progressive de l'eau superficielle ne se fait sentir en aucune façon pour les périodes de temps que peut envisager l'histoire. La provision d'eau dont la Terre dispose est encore énorme, puisqu'elle représente une épaisseur de 3 kilomètres, répartie sur toute sa surface ; et les influences, momentanées ou périodiques, qui accélèrent ou ralentissent l'évaporation des surfaces marines, qui entraînent dans un sens ou dans l'autre et précipitent ici ou là les nuages emportés par les vents, ont, pour toutes les questions qui nous intéressent, une influence tout autrement sensible que l'évolution continue dont il vient d'être question. En dehors de l'intervention humaine, le seul phénomène d'ordre général, qui puisse amener une modification permanente dans le régime de nos sources, est la diminution progressive du relief, qui, en rapprochant le 1. Voir p. 728 sur les exhalaisons d'hydrogène.