CHAP. X. — METAMORPHISME CHIMIQUE EN PROFONDEUR
en plus vers l'Est, de sorte que la superficie en atteint des sections de plus en plus profondes), on croit surprendre la cause pour laquelle les faciès métamorphiques dominent tant dans le centre de la France.
En Bretagne d'ailleurs, malgré cette remarque, le métamorphisme régional, qui a formé des gneiss aux dépens de terrains allant jusqu'au carbonilère, est déjà hUm considérable; il s'étend sur des kilomètres de large, avec atténuation progressive des apports chimiques, au début très abondants et, plus loin, réduits à quelques alcalis.
Il n'y a plus lieu aujourd'hui d insister sur ces notions, qui après avoir été longtemps et vivement combattues*, sont maintenant vulgarisées en France. Le temps n'est plus où A. de Lapparcnt représentait les gneiss comme la première croûte de consolidation du globe. Tout le monde est maintenant d'accord pour admettre que la série des gneiss et micaschistes est très « compréhensive » et peut englober, avec du précambrien, du tertiaire. Mais il faut néanmoins mettre encore en garde contre la tentation naturelle d'attribuer d'abord un âge ancien aux terrains fortement métamorphisés, alors que le métamorphisme peut avoir l'âge très récent des mouvements tectoniques qui l'ont provoqué. Cette idée fausse repose sur l'observation exacte que l'archéen, par lequel débute la série sédimentaire, s'est' trouvé presque partout transformé en gneiss, micaschistes, etc. : en terrains « cristallophylliens » (à la fois cristallins et feuilletés *). Gela revient à dire qu'on ne connaît pas de région dans le globe, qui, plus ou moins anciennement (et surtout dans les phases primitives) n'ait été soumise à des mouvements, par suite desquels les sédiments archéens ont été plissés, ramenés en profondeur et métamorphisés ; puis l'érosion a enlevé, en général, la partie demeurée intacte de ces sédiments, à la fois parce qu'elle était moins profonde et parce qu'elle était moins résistante : en sorte
1. 11 est, cependant, frappant de trouver déjà, dans le mémoire d'ÉuE de Beac- «oxT sur les émanations volcaniques (1847), celle affirmation très juste (p. 53) : a Je suis très porté à croire que beaucoup de micaschistes et de gneiss sont des roches d'une origine métamorphique : ce sont des roches déposées à l'état sédimentaire qui ont éprouvé un changement d'état cristallin. Cependant certains gneiss sont des roches éruptives, qui, en s'étirant à la suite de leur éruption, ont pris une forme schisteuse ou plutôt fibreuse [dynamo-métamorphisme], et il est souvent difficile de distinguer les gneiss des deu.x origines, u
i. Comme on désigne sous le nom de gneiss tous les faciès analogues de terrains divers, il en résulte nécessairement que tous les gneiss sont uniformes et, comme le métamorphisme a produit, en principe, à partir du granité qui occupe d'ordinaire des anticlinaux, d'abord des gneiss, puis des micaschistes, la coupe est généralement la même : ce qui a permis d'imaginer un âge archéen, doué de qua- Jités imaginaires, où la Terre, encore déserte, aurait présenté une uniformité absolue de coudilions physiques et chimiques.
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qu'on trouve un gneiss à la base de toutes les séries géologiques. Mais la forme gneiss n'est pas celle que ces sédiments ont prise au début et il reste toujours possible de découvrir, dans les môles plus anciennement consolidés, dont nous parlerons plus tard, des témoins épargnés, encore fossilifères, d'un âge antérieur au précambrien. Surtout, cela n'implique en aucune façon que tous les terrains cristallophylliens appartiennent à cet étage archéen ; ilpeutexister, dans la môme région, autant d'âges de gneiss, qu'il s'est produit de fois des plissements et des intrusions granitiques. Actuellement encore, il continue sans doule à se former des gneiss dans la profondeur des zones volcaniques ^
Nous nous sommes déjà trouvé indiquer quels sont les effets constatés dans l'auréole des roches granitiques: gneiss au contact, puis, avec d'autres gneiss, diorites, amphibolites, pyroxénites, leptynites, hàlleflints, etc. ; plus loin, micaschistes, etc. Mais on ne saurait attribuer à une action directe des granités visibles tout l'ensemble des terrains cristallophylliens, qui parfois renferment fort peu de roches massives. Il fautinvoquer un autre mode d'action plus généralisé, que nous examinerons bientôt sous le nom de métamorphisme régional, dans lequel la mise en place du granité abordable à nos observations ne doit plus être considérée comme la cause des gneiss, mais comme un résultat connexe d'un môme phénomène profond, qui a injecté les terrains de vapeurs alcalines et produit, avec endomorphose plus ou moins complète de ces terrains, à la fois les granités et les gneiss voisins-.
d. Métamorphisme par action calorifique . — La Simple action calorifique paraît jouer un rôle très restreint dans le métamorphisme de contact. Klle est intervenue cependant et l'on en voit les effets, non seulement dans les porcelanites au contact des laves d'épanchement, mais même le long de roches relativement profondes'. Ainsi, près des Iherzolites, M. Lacroix a observé que, jusqu'à 500 mètres de distance, la matière organique, qui colore les calcaires, avait été détruite. Ailleurs,
1. On a, par exemple, montré, en Ecosse, que le gneiss calédonien représentait un mélange de gneiss plus ancien, de terrains sédimentaires et de roches éruptives plus récentes, le tout modifié par les mouvements orogéniques (in Suess, III, 513). Dans le Plateau Central, l'âge réel de la plupart des gneiss n'est pas connu et peut atteindre parfois la base du carbonifère ; mais, pour quelques-uns d'entre eux, on voit bien le passage latéral à des sédiments plus anciens. En Bretagne, la transformation du carbonifère en gneiss a été également démontrée. Dans les Alpes, il existe certainement des gneiss d'âges très divers.
2. M. P. Termieb a donné une théorie un peu différente (Sur la genèse des terrains crislallophylliens ; Rev. Scient., 11 mai 1912), où ces terrains sont aUribués à des « colonnes fdtrantes de vapeurs juvéniles», ayant apporté delà profondeur les éléments nécessaires à la gneissificatlon et ayant déterminé une demi-fusion générale, avec des points de fusion complète qui correspondraient aux noyaux granitiques.