Voir, plus haut, figure 31, page
CHAP. XI. — MOUVEMEiNTS VERTICAUX. — FAILLES, H0RST8, ETC. 357
Dans bien des cas, ces discussions sont un peu une question de mois et il n'y a, sans doute, pas de différence réelle entre ce que l'on appelle un massif tabulaire, ou ce que l'on regarde comme un anticlinal étendu sur 300 kilomètres de large, de même qu'en considérant des plis d'énorme amplitude avec failles limites, on peut qualifier de régions plissées toutes les régions effondrées. Cela revient à dire qu'il n'y a pas de différence de principe essentielle entre les deux phénomènes, dont l'origine première est la même (point sur lequel tout le monde, je crois, est d'accord) et qu'on peut passer de l'un à l'autre.
Sauf cette réserve, je citerai, comme types de régions à accidents verticaux, avec ou sans plissements connexes, les Montagnes Rocheuses du Colorado et les Basin Ranges, les zones faillées de l'Asie Centrale au Sud du Baïkal, le grand effondrement linéaire Érythréen, tout le pourtour de nos horsts hercyniens et certains bassins d'effondrement tertiaires (Mer Egée, etc.), qui seront étudiés ultérieurement.
Ces accidents d'effondrement, dont le rôle important dans le volcanisme sera examiné plus tard au chapitre de la pétrographie, ont été classés, par A. Michel-Lévy, en quelques types bien caractéristiques : les uns en relation avec les plissements, soit que ceux-ci accusent la symétrie en éventail et les formes sinueuses des Alpes, soit qu'ils présentent la dissymétrie apparente des Andes*; les autres, indépendants de ces plissements^ Leur forme peut être très différente, ainsi que nous le verrons alors, mais se ramène à deux systèmes caractéristiques : les accidents linéaires et les accidents arqués ou elliptiques. Nous allons ici en examiner quelques-uns.
Pour. les Montagnes Rocheuses, les derniers travaux d'Emmons tendent à faire considérer, comme de véritables plis en S parfois renversés, des accidents limites, où laffaissement vertical avait d'abord paru jouer un rôle plus essentiel. On peut cependant conserver, dans l'ensemble, le tableau saisissant qu'en a donné M. Suess.
D'après lui, on voit, en partant des plaines du Nebraska et du Kansas, les terrains se redresser verticalement (en hogbacks) sur le bord d'un grand affaissement, qui marque la limite des Montagnes Rocheuses, puis redevenir horizontaux sur le haut. Et ces terrains horizontaux sont
1. Voir plus loin, page 439. sur la structure des Andes. Cf : Stlbel. Céder die Verbreitung der hauptsâchlichsten Eruptionszeiilren und der sie kennzeicfinenden Vul' kanberge in Sud Amerika (l'etermanns Mittcil.. 1902, p. 1 à 9, avec carte); H.\utH K\.. Die Vulkangebiete in Chile und Argentinien (Pctermanns Mitteii, 1903, p. 97 à lOi. avec carte). Celle dernière carte mentionne, indépendamment des coulées, 138 centres volcaniques d'Antofagasta au cap Horn.
2. Bull. Soc. Géol., 3» sér. XXVI, 1898, page 105. On trouvera, dans ce mémoire, une description résumée de ces principaux efTondrements.
brusquement coupés, un peu plus loin, par des fosses, au fond desquelles on les retrouve, toujours horizontaux, 2.000 ou 3. 000 mètres plus bas. Sur le bord seulement des accidents courbes, des flexures^ arrivant à dessiner des S, qui limitent ces fosses, les couches s'inclinent et se bouleversent ; puis, dans le fond des fosses affaissées, reparaissent des piliers plus hauts, portant à leur sommet des couches horizontales ; en sorte que le tout a pu être comparé à l'aspect d'une couche déglace, effondrée au centre, dont quelques débris seraient restés au haut de pilotis. Ces pilotis sont ce que M. Suess a appelé des horsts. On est en présence d'un ancien plateau, qui a dû un moment se trouver à 9.000 mètres au-dessus de la mer etdont, malgré une érosion de 3.000 à 4.000 mètres, bien des parties sont encore à 4.500 mètres, à peu près à la hauteur du Mont-Blanc. Le plissement, ainsi accompagné d'effondrements, a pris un caractère très différent des plissements alpins. Puis, en abordant, plus à l'Ouest, la région des Basin Ranges (Grand Lac Salé), on trouve une véritable chaîne de plissement post-jurassique, ayant encore subi, après son plissement, un semblable effondrement, et l'on arrive enfin à la Sierra Nevada, qui a été simplement plissée à la fin de l'époque secondaire.
Vers le Sud du Colorado, en se rapprochant du grand Cafion, le caractère tabulaire devient encore plus accentué ; les compartiments à couches horizontales sont limités par d'immenses failles, qui passent parfois à la forme d'accidents qu'on a appelé des plis monoclinaux; l'ensemble a, en somme, l'aspect que peut prendre une couche tombant du haut d'un plateau sur une terrasse plus basse sans se briser entièrement. De semblables affaissements sur toute la périphérie arrivent à former des dômes elliptiques, où l'archéen peut apparaître au centre, entouré de falaises concentriques (comme dans les Black Hills du Dakota).
De même, dans l'Asie Centrale, on a, à peu près parallèlement aux plis, de longues fosses d'effondrement, que l'on voit un moment descendre au-dessous du niveau de la mer à Liouktchoun, tandis qu'un peu plus au Sud, dans le Kouenlun, commence une région plissée, dont les vallées les plus basses ne s'abaissent pas au-dessous de 4.000 ou 4.b00 mètres. Là encore, il faut bien se familiariser avec l'idée de dénivellations verticales ayant atteint 8 ou 9 kilomètres et se représenter que la Terre a subi bien des fois des mouvements capables de porter des poissons de la mer au sommet de montagnes aussi hautes que peut l'être le Gaurisankar.