‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 189 sur 356 · CHAP. XI. — GRANDES DIVISIONS TECTONIQUES · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — GRANDES DIVISIONS TECTONIQUES

ont été au moment de leur apparition et, à ce qui est pour lui la vieillesse fatiguée de la Scandinavie ou de l'Kcosse, de la Sibérie, du Canada ou de la Bohême, il substitue aisément l'image de leur jeunesse géologique. C'est ainsi qu'il arrive à faire abstraction de l'érosion, qui seule rend les chaînes de plissement plus ou moins arrondies, émoussées ou aplanies, suivant que, ces chaînes étant plus ou moins anciennes, elle a eu plus ou moins de temps pour agir, et les Himalayas ou les Caucases se redressent pour lui, dans les régions polaires, tels qu'ils ont dû exister aux époques primitives du globe.

Nous allons bientôt étudier quelques-uns de ces éléments tectoniques. Voyons encore auparavant quelle est leur répartition géographique dans les diverses grandes divisions du globe.

La zone arctique est particulièrement bien mise en évidence sur notre planche I et nous venons déjà de la signaler comme le horst universel. Dans l'ensemble, c'est, nous l'avons dit, un massif très ancien, où domine le régime tabulaire et qui constitue une sorte de base perpendiculaire à l'axe terrestre. Mais, suivant une loi générale déjà énoncée, les éclatements accompagnés de dénivellations verticales y abondent, comme dans tous les horsts. Il y a là des régions fortement faillées, avec de grandes cassures méridiennes, accompagnées de fosses d'effondrement profondes et de manifestations volcaniques. Par endroits, on y retrouve des sillons plissés à direction plus ou moins Nord-Sud, dont la détermination précise est un des nombreux problèmes intéressants que posent ces régions polaires : sillons calédoniens sur les deux bords du Groenland ou au Spitzberg, sillons hercyniens de la Novaia Zemlia et de l'Oural ; indices de plis tertiaires au Nord-Ouest du Spitzberg ou dans la Terre de Grant, etc.

L'Europe ne doit être considérée que comme un cas très particulier, tout spécialement compHqué et inachevé de l'Eurasie. C'est cette comphcation topographique et cet inachèvement qui ont déterminé les sinuosités des côtes, les pénétrations profondes de la mer, la multiplicité des fleuves, le caractère moins grandiose, plus restreint, plus disséminé, plus abordable aux premiers efforts humains, par lesquels les progrès de la civilisation ont été si puissamment influencés. Notre mer intérieure, la Méditerranée, qui n'est pas un fossé mais un lien entre des parties intimement unies l'une à l'autre bien que rattachées à des continents distincts, est le dernier indice subsistant, sans doute provisoire, d'un état de choses qui, plus à l'Est, a disparu en Asie depuis les temps tertiaires et dont la disparition a soudé l'Asie en une seule masse.

Dt Laobat. — Science géologique. 2S

Dans la formation du continent européen, la partie ancienne est le massif finno-scandinave, auquel s'applique à l'Ouest la chaîne calédonienne des Grampians et de la Norvège. En pendant, de l'autre côté de la Méditerranée, nous trouverons le massif archéen d'Afrique et la chaîne calédonienne du Sahara. C'est dans l'intervalle que se sont accumulés les plis hercyniens, dont la zone d'extension va du Cornwall à laMeseta marocaine, de la Bohême au Tidikelt Saharien. Cette zone hercynienne, qui ici se trouve prendre une direction Est-Ouest, devient Nord-Sud plus à l'Est dans l'Oural, où elle est pincée entre le môle Scandinave et le môle sibérien. Enfin, les derniers efforts de plissement tertiaires se sont localisés dans la partie centrale de la traînée hercynienne, des deux côtés de la Méditerranée, en contournant de leurs sinuosités des îlots archéens, et quelques effondrements, propres à cette zone méditerranéenne ou aux parties contiguës des massifs hercyniens, ont complété le modelé européen.

Vers l'Est, si nous passons en Asie, nous retrouvons au Nord un môle archéen à ceinture calédonienne, sur lequel s'est appliquée la grande zone hercynienne de l'Altaï, dont un rameau, insinué entre la Sibérie et la Finlande, forme l'Oural et le Timan.

A ce môle sibérien correspondent au Sud le môle hindou et le môle sinien (ce dernier probablement prolongé aussi, sous les bassins carbonifères du Chansi, par une zone calédonienne). Entre eux, les chaînes hercyniennes de l'Indochine s'intercalent, comme nous venons de le voir pour l'Oural. Mais ici les efforts de plissement tertiaires ont eu une zone d'extension tellement vaste qu'ils ne semblent pas avoir ménagé, au Sud de l'Himalaya ou en Arabie, une zone hercynienne correspondante à celle de l'Afrique. La compression, qui s'est exercée sur eux, a fait également disparaître toute trace d'une ancienne Méditerranée. Elle a, enfin, déterminé des dislocations disjonctives avec surélévations colossales de certains voussoirs internes et affaissement relatif de coulisses intermédiaires, qui ont amené l'allure en marches d'escalier de l'Asie Centrale. Là subsistent évidemment des tronçons calédoniens et hercyniens, seulement dénivelés verticalement sans plissement, dont la disposition réelle nous est encore inconnue et que nous indiquons très hypothétiquement dans le Nan-chan et le Tsingling-chan.

Tandis que les mouvements tertiaires dominent ainsi en Asie, ils sont à peu près absents de l'Afrique, si on laisse de côté la zone du Maroc à la Tunisie qui se rattache intimement aux conditions européennes. L'Afrique est, en grande partie, un plateau tabulaire, à relativement rares dislocations récentes. De là viennent sa structure com-

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