‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 19 sur 356 · C1IAI>. I. — ETAPES HISTORIQUES DE LA METHODE GEOLOGIQUE · texte numérisé non relu

C1IAI>. I. — ETAPES HISTORIQUES DE LA METHODE GEOLOGIQUE

de côté dans ce résumé rapide, bien qu'historiquement ses progrès se soient mêlés à ceux de la science expérimentale, parce que, jusqu'à la fin du XVIII* siècle, on pouvait l'accuser de n'avoir fourni que des romans, mais qui, cependant, va devenir d'une nécessité absolue pour permettre à cette géologie expérimentale d'éviter l'actualisme étroit et même strictement local, où elle s'était confinée d'abord, dans ses meilleurs, dans ses plus durables travaux, et de s'élever avec hardiesse à des conceptions plus générales.

Je veux parler des interprétations, fondées, non plus sur l'étude des terrains ou de leurs fossiles, mais sur l'astronomie et sur la physique : en un mot, de ces théories cosmogoniques, qui firent longtemps partie de la philosophie et que beaucoup de géologues tiennent en une certaine suspicion, malgré leur incontestable valeur; peut-être parce que la plupart d'entre eux sont plus familiers avec les méthodes de l'histoire naturelle qu'avec celles de la physique.

Il sera fait, tout à Iheure, une place aux œuvres remarquables des philosophes grecs, qui aboutirent, dans l'École Pythagoricienne, à un système du monde si bien conçu, et, par tant de points, analogue au nôtre; après une longue nuit, le génie de Descartes, puis de Newton, reconstitua, à la fin du xvii'' siècle, une théorie plus solide, fondée sur les observations modernes et permit, un siècle plus tard, la synthèse fameuse de Laplace, dans laquelle tous les phénomènes géologiques sont conduits peu à peu à rentrer.

C'est sur cette base, désormais aussi stable que celle des observations d'organismes anciens ou de minéraux, notamment sur les relations de la Terre avec l'ensemble de l'Univers, et sur ce que la physique nous laisse entrevoir de sa constitution profonde, sur la notion de fluidité primordiale et sur la première condensation rationnelle des éléments qui en résulte, que sont, et seront toujours nécessairement fondées les grandes synthèses géologiques.

L'œuvre du xix* siècle a donc contribué à utiliser de concert les trois méthodes essentielles, que j'ai définies en commençant : l'observation, l'expérimentation, l'interprétation, en recourant sans cesse à l'observation des phénomènes actuels comme à un moyen de contrôle, mais sans oublier que la Terre a passé anciennement par des formes toutes différentes de celles que nous observons et a été soumise à des forces ou à des réactions, dont nous n'avons souvent que l'image réduite, c'est-à-dire en remarquant que son histoire comporte une évolution.

Nous verrons ainsi la géologie — procédant, par la méthode, inévitable dans les sciences d'observations, que l'on appelle, en mathématiques, celle des approximations successives, — admettre d'abord

comme strictement exactes un certain nombre de lois, sans lesquelles il lui était impossible de coordonner ses observations, puis, de cette coordination même et de la comparaison des règles ainsi déterminées avec les observations locales, déduire l'inexactitude réelle de ces premières lois trop ambitieuses, les reprendre alors, les remanier et, quelquefois, les fondre dans une nouvelle loi plus générale, — encore provisoire sans doute, comme toutes les images grossières, les procédés mnémotechniques, par lesquels nous essayons de représenter, en les simplifiant, les phénomènes complexes de la nature — . En même temps, la spécialisation, dont j'ai parlé dès le début, et dont nous suivrons bientôt les étapes, s'est accentuée peu à peu. Son premier effet a été d'établir, entre les produits dits neptuniens ou sédimentaires et les plutoniens ou éruptifs, une première grande coupure, qui a été vite suivie de beaucoup d'autres. La stratigraphie, dune part, qui s'occupe surtout des premiers ; la pétrographie, de l'autre, qui se cantonne de préférence dans les seconds, sont devenues deux sciences distinctes, tout en se prêtanl un mutuel concours et en empiétant, à l'occasion, l'une sur l'autre, quand le stratigraphe établit les rapports de position des roches éruptives avec les strates, ou quand le pétrographe fait la lithologie des sédiments. D'où, des champs d'études de plus en plus multipliés et distincts, dont nous devrons étudier séparément les méthodes et les progrès. -

Si nous prenons tout d'abord les sédiments, on a dû s'élever, pour eux, comme nous l'avons vu, à l'idée de leur succession entraînant leur âge relatif, puis établir péniblement leur chronologie en notant des séries de coupes locales, reliées et raccordées entre elles au moyen de comparaisons, fondées surtout sur la présence des mêmes organismes. Une hypothèse s'est imposée alors, assez difficile à admettre au début, celle de la caducité des formes vivantes, de leurs modifications nombreuses dans le temps et de la simultanéité générale de ces créations successives, ou, comme nous dirions aujourd'hui, de cette évolution. Au début du xix* siècle, on a admis, avec une facilité excessive, qu'un fossile caractérisait uniformément un terrain, ou un groupe de terrains, comme une médaille date un monument. C'était inexact, puisque l'évolution n'a pu se faire en même temps sur toute la surface de la Terre ; cela supposait implicitement, entre les diverses périodes géologiques, une série de cataclysmes, suivis de créations nouvelles, auxquelles nous avons renoncé. Mais c'était un des nombreux exemples de ces approximations , qui ressemblent au mouvement d'un pendule, oscillant de part et d'autre de la vérité, sur laquelle finalement se trouvera sa position d'équilibre. La première hypothèse, bien

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