‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 20 sur 356 · CUAP. I. — ÉTAPES HISTORIQUES DE LA MÉTHODE GÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CUAP. I. — ÉTAPES HISTORIQUES DE LA MÉTHODE GÉOLOGIQUE

que fausse sous la forme rigoureuse où on l'exposait, était indispensable pour établir une vague chronologie des couches, qui a servi, à son tour, par les difficultés rencontrées pour établir des concordances plus précises, à montrer son inexactitude. C'était quelque chose comme ce qui sest passé en physique pour la loi de Mariette .

En môme temps qu'on établissait la chronologie des sédiments anciens, on s'efforçait également, par comparaison avec les phénomènes actuels, de déterminer leurs conditions de dépôt, de reconnaître, par exemple, les dépôts littoraux des dépôts de mer profonde, ou les dépôts lacustres et continentaux des dépôts marins : ce qui a conduit à tracer, sur des cartes géographiques, les lignes de rivage à une époque géologique quelconque, à y teinter les grandes masses des mers et des continents, à faire ce que l'on peut appeler de la paléogéographie.

Cette paléo géographie ayant aussitôt mis en évidence des déplacements constants des mers, promenées capricieusement à la surface du globe, il a fallu alors chercher la cause de ces déplacements et l'idée est venue de les rattacher, du moins en partie, aux mouvements de l'écorce, que mettait, d'autre part, en évidence Vorogénie, c'est-à-dire l'étude historique des chaînes de montagnes, fondée elle-même sur les plissements, les renversements, les bouleversements de toutes sortes, que l'on y observait dans les dépôts marins, originairement horizontaux.

Nous en sommes à peu près là; nous voyons que l'histoire delà Terre a manifesté des mouvements colossaux de sa superficie, des surrections de chaînes montagneuses, qui n'ont eu qu'une vie momentanée, comme les individus, comme les familles, comme les races et qui disparurent après s'être élevées ; il nous apparaît qu'une bascule forcée a déterminé, en connexion avec ces mouvements, des déplacements corrélatifs des mers, peut-être soumis d'autre part à des oscillations périodiques; nous cherchons maintenant à préciser les caractères de chacun de ces phénomènes pour les comparer entre eux et en déduire une loi, qui les embrassera tous. Cette loi, destinée à remplacer par une formule simple une immense quantité d'observations, ayant été obtenue, il nous restera alors à l'interpréter elle-même par quelque hypothèse résultant d'une comparaison nouvelle, sans doute avec des phénomènes astronomiques et c'est ainsi que, tour à tour observant, coordonnant, comparant, interprétant, puis vérifiant nos interprétations par des observations ou des expérimentations, les rectifiant, les groupant elles-mêmes en un faisceau plus général, nous espérons tendre progressivement vers la solution des innombrables problèmes, qui s'imposent à la curiosité instinctive de notre esprit.

Je n'ai parlé que des sédiments ; l'étude des roches ignées s'est poursuivie parallèlement; là encore, le premier pas et le plus difficile a été franchi le jour où l'on a imaginé que des pierres avaient pu se former par le feu comme des verres, puis le jour où Gucltard et Desmarcts, au xviii* siècle, ont reconnu en Auvergne la présence de volcans éteints. On a alors créé des classifications dans les roches. La minéralogie, qui se constituait, a permis de déterminer la composition des plus simples. Puis des séries chronologiques de roches ont pu être établies pour une région restreinte; ces séries, on les a comparées entre elles; on les a reliées aux phénomènes tectoniques, aux mouvements des sédiments, observés d'autre part. On a fait rentrer les formations éruptives dans l'histoire de la Terre, qu'elles ont contribué, de leur côté, à établir; on a, par comparaison avec les fumerolles volcaniques, par expérimentation synthétique, relié à ces roches les gîles métallifères, qui représentent une première tendance à l'isolement des éléments chimiques, réalisée par une métallurgie, une chimie naturelles. Et, alors, l'histoire des sédiments n'est plus apparue elle-même que comme une étape dans la recherche scientifique ; un problème beaucoup plus important s'est posé à l'esprit, par l'étude des roches, par celle des gîtes métallifères, auxquelles l'histoire sédimentaire avait apporté des bases solides. Les sédiments ne sont qu'une manifestation tout à fait superficielle; leur étude reste, par conséquent, d'un intérêt secondaire, si on la considère comme formant son propre but; mais la cause profonde des grands phénomènes, que les sédimentations décèlent; mais la constitution intime de la Terre; mais ce problème général de la matière et de la force, vers lequel la physique, la chimie, la minéralogie, l'astronomie, la géologie constituent autant d'avenues d'accès ; mais ces questions relatives auxéléments chimiques, à leurs relations réciproques et à leur substance, voilà ce que nous entrevoyons maintenant au bout de nos travaux ; voilà ce que la géologie, mettant à profit toutes les autres sciences, peut espérer découvrir un jour, étant alors remontée jusqu'à l'essence même de ce monde matériel, sur lequel se développe, évolue et s'amplifie, par ondes de plus en plus vastes, par manifestations de plus en plus spécialisées, le phénomène singulier de la vie.

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