CHAP. XI. — MASSIFS PRIMITIFS (CANADA, GROKNLAND
Ce massif disparait, au Sud, sous les terrains paléozoïques horizontaux, le long d'un arc convexe, que jalonnent, d'une façon très remarquable, les dépressions orographiques linéaires du Saint-Laurent, des Grands Lacs, des lacs Winnipeg, Athabasca, des Esclaves et du Mackenzie. De même, au Nord, du Mackenzie à la Terre de Grant, les terrains primaires, par zones parallèles au rivage arctique, s'inclinent faiblement vers le pôle. Mais, plus à l'Est, on observe, dans la Terre de Grant, sur le Greely Fjord, du trias plissé qui forme sa limite. Enfin, au Nord-Est, le plateau se termine par une chaîne gneissique montagneuse, dépassant 2.000 mètres, qu'on suit, le long du Labrador, à l'Ouest du détroit de Davis et du détroit de Smith, vers la terre de Grinnell, et à l'Est de laquelle un effondrement, jalonné par des roches éruptives tertiaires, le sépare du Groenland*.
Dans toute cette région, les caractères sont les mêmes : terrains archéens plissés, puis très anciennement arasés en un bouclier légèrement convexe et, par-dessus, tables horizontales de terrains très variés, laissés par d'inégales transgressions marines, et commençant : souvent au silurien supérieur (3) dans la région Nord et Nord-Est, autour de la baie d'Hudson, dans la terre de Baffm et à l'embouchure du Saint- Laurent; au cambrien (1), du côté Sud, vers le Lac Supérieur; enfin au dévonien pétrolifère (7, 8), dans tout l'Ouest, depuis le lac Winnipeg jusqu'à l'embouchure du Mackenzie.
Par suite de l'érosion, ces terrains, disparus sur le centre plus saillant du massif, mais conservés sur sa périphérie plus basse, semblent lui former une sorte d'auréole vers le Sud; ils s'enfoncent progressivement en pente douce sous des terrains de plus en plus récents, qui masquent à la surface le prolongement du bouclier, mais qui en laissent soupçonner la présence profonde par la régularité de leur stratification, sur laquelle les plissements ne sont pas venus agir^.
Le Groenland est limité, à l'Est et à l'Ouest, par des effondrements tertiaires, que jalonnent des roches éruptives récentes, basaltes, etc. Lui-môme constitue un plateau d'archéen, avec une mince bordure de silurien plissé au Nord-Est, vers l'Hudson Land, et un recouvrement de terrains horizontaux allant du dévonien au tertiaire.
1. Les fractures souvent récentes, de direction à peu près méridienne, semblent, nous l'avons dit, s'accumuler dans la zone polaire : plateau du Spitzberg, bords du Groenland, terres de Grant et de Grinnell, lies Parry, etc., et de nombreux phénomènes volcaniques les accompagnent. On sait que l'expédition de Nansen a trouvé des fosses de plus de 3.000 mètres.
2. On a figuré sur la carte, par des hachures de même couleur rose, le prolongement probable du plateau sous un manteau de recouvrement sédimentaire non plissé.
Puis vient, en Suède et Finlande, \e Bouclier Scandinave ou Baltique, au centre duquel la mer Baltique forme le pendant de la baie d'Hudson au centre du Bouclier Canadien, et qu'entoure, de même, à l'Est et au Sud, une traînée continue de golfes et de lacs (mer Blanche, lac Onega, lac Ladoga, golfe de Finlande), située exactement sur la ligne incurvée, où le bouclier archéen disparait sous une auréole paléozoïque, le long de ce qu'on appelle le glint^.
Ici aussi, des terrains archéens, plissés et érodés avant le silurien (2 à 4), sont recouverts de terrains paléozoïques horizontaux (depuis le cambrien (2) au Sud du golfe de Finlande, jusqu'au dévonien pétrolifère (10) à l'Est) : terrains qui, tant par l'inégalité des trangressions que par les effets de l'érosion, subsistent seulement sur sa périphérie, au delà du glint, ou dans certaines fosses d'effondrement longitudinales, comme le bassin silurien de Kristiania-. Vers le Sud et le Sud-Ouest, ce manteau, à peu près horizontal et non plissé, s'en va très loin jusqu'à l'Ukraine et à la Podolie^ constituant la Plate-forme Russe, sur laquelle sont venus déborder directement, du Sud au Nord, les plis tertiaires des Carpathes. On retrouve, sur les bords du Dniester, le silurien et le dévonien presque horizontaux, terminés par le grès rouge dévonien, et leur limite apparaît brusquement marquée par le champ d'affaissement du Prut, ou la vallée de la San, près de Sandomir.
Vers le Nord-Ouest, ce plateau s'est trouvé également débordé à une époque beaucoup plus ancienne ; il est recouvert là par les charriages, venant d'une grande chaîne, plissée à l'époque calédonienne, qui reliait alors la Norvège à l'Ecosse ; cette chaîne, à son tour, se termine à la chaîne montagneuse gneissique des Lofoten et des Hébrides, que Ion peut assimiler à celle du Labrador, et l'on arrive enlin, vers l'Ouest, à l'effondrement Atlantique, avec son axe volcanique si bien dessiné par les éruptions actuelles de l'Islande et de Jan Mayen, par les volcans plus anciens du Groenland, de l'Irlande, des Hébrides, etc.
Quand on s'éloigne vers l'Est du Bouclier Baltique, on trouve, après les terrains transgressifs à peu près horizontaux, qui représentent 1 ancienne mer russe paléozoïque, une chaîne plissée hercynienne de
1. M. SuEss a désigné, d'une façon générale, sous ce nom de glint, qui indique une falaise dans les Provinces Baltiques, les lignes d'escarpements formées de couches horizontales, quand ces falaises sont produites, non par une fracture, mais par une dénudalion (II, 96). C'est ainsi que le Bouclier Scandinave est compris, à l'Est et à rOiiest, entre deux lignes de glint et que le bord Sud du Bouclier Canadien en forme une autre.
2. La traînée cambrienne et silurienne des lies d'Oland. Gotland et du golfe de Finlande porte peut-être l'empreinte d'un mouvement calédonien.