‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 192 sur 356 · CHAP. XI. — MASSIFS PRIMITIFS (SIBERIE · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — MASSIFS PRIMITIFS (SIBERIE

dircclion méridienne (^Oural et monls Timan), sur laquelle je reviendrai bientôt et, après avoir franchi les plaines de la Sibérie occidentale, couvertes par les transgressions tertiaires, on arrive au quatrième de nos grands massifs précambriens, celui de la Sibérie.

La structure du Massif Sibérien commence aujourd'hui à apparaître avec quelque clarté et j'ai pu y distinguer ailleurs plusieurs zones concentriques formant : la plate-forme primitive de la Lena et de l'Aldan ; puis la ceinture calédonienne de l'Iénisséi et de l'Olekma, avec ses imprégnations aurifères diffusées par le métamorphisme régional; les chaînes hercyniennes qui se rattachent à l'Altaï ; enfin, au Sud, les plis tertiaires*.

Au Nord d'abord, on trouve, entre l'Iénisséi et la Lena, depuis l'Océan Glacial jusqu'au lac Baïkal, un immense plateau, qu'il me semble naturel d'assimiler à nos précédents boucliers, malgré la différence d'aspect introduite par la persistance du manteau paléozoïque : plateau à soubassement archéen plissé peu visible, recouvert par des tables horizontales de cambrien (2), de silurien salifère(4), et d'un peu de dévonien (5) ou de carbonifère lacustres.

Ce plateau paraît avoir été exactement l'homologue de l'Hindoustan, de l'autre côté de celte grande mer intérieure mésozoïque, que l'on a appelée la Téthys (Himalaya, Tonkin, etc.). On y retrouve, pardessus le plateau paléozoïque, abandonné par la mer depuis le silurien, des lambeaux également horizontaux de terrains à hgnites assimilables aux formations lacustres du Gondwana hindou (permien au jurassique^) et d'immenses coulées de laves basiques (avec restes de cratères, etc.) ayant pu commencer avec ces dépôts du Gondwana, pour se continuer jusqu'au crétacé, ou même au tertiaire '. Ces éruptions, très développées entre l'Iénisséi et la Lena, se prolongent jusqu'à l'embouchure de ces deux fleuves, et même sans doute jusqu'à la terre de François-Joseph, où leurs équivalents paraissent dater du jurassique.

La périphérie de ce massif est formée par une zone où le silurien apparaît plissé : zone qui ne constitue pas, à proprement parler, de

1. Voir les planches I et II, à la fin du volume. Pour tout ce qui concerne la Sibérie et plus généralement l'Asie, je demande la permission de renvoyer à mon ouvrage sur la Géologie et les Richesses minérales de l'Asie (Paris, Béranger, 816 p., et 10 pi), dont la pi. I donne une carte d'ensemble des plissements asiatiques et la pi. II (en couleurs) une carte tectonique et métallogénique de la Sibérie. On y trouvera, p. 202 à 254, la géologie de l'Asie Russe.

2. Ces mêmes terrains occupent de vastes étendues en Chine, Mongolie, Sibérie, etc. et prouvent l'existence très ancienne d'un grand continent Sino-Sibérien, analogue à celui du Gondwana hindou.

3. Ces laves ont souvent transformé en graphite leslignites de l'âge du Gondwana. notamment sur le bas lénisséi.

chaîne montagneuse, mais que Ton peut suivre, le long de l'Iénisséi, à l'Est de ce fleuve, puis de Krasnoïarsk à Irkoutsk et, à l'Est, le long du Baïkal, sur le Vitim, dans le plateau de la Palom, etc.

Ces plis semblent, d'une façon générale, avoir subi un mouvement partant du Sud et être venus s'appliquer sur le massif primitif, comme si ce massif en forme de coin s'était resserré sous la pression des chaînes montagneuses plus méridionales à mouvements postérieurs. A mesure que nous descendons vers le Sud, nous les voyons influencer des terrains de plus en plus récents : d'abord du dévonien, puis du carbonifère, du permien, enfin du jurassique même quand on arrive à Blagovietchensk sur l'Amour, ou dans le district de l'Amgoun ^. Nous retrouvons donc, en Asie Centrale, la même localisation progressive des plis qui domine la tectonique européenne. Il paraît y avoir eu là une série de vagues, dont les plus méridionales sont aussi les plus récentes, celles de l'Himalaya : vagues résultant d'une compression générale entre les deux masses primitives de la Sibérie et de l'Inde avec refoulement et charriage par-dessus l' Avant-pays septentrional. Ces vagues, très resserrées dans l'axe méridien, où ces deux masses se rapprochent l'une de l'autre, semblent, au contraire, avoir pu s'élargir et s'étaler plus librement, vers l'Est, jusqu'à l'Océan Pacilique. Les superpositions de plis posthumes, que nous connaissons déjà en Europe, ont dû atteindre, dans cette Asie Centrale encore si mal connue, un caractère de généralité, qui a contribué à faire envisager le mouvement comme continu et indécomposable en chaînes de plissements successives.

Dans l'Asie Centrale, les manifestations dynamiques de la phase tertiaire, qui dominent, ont déterminé finalement de formidables déplacements verticaux, séparés par de grandes lignes de cassure grossièrement parallèles au sens des plis : des surélévations de horsts aboutissant à constituer les hauts plateaux du Tibet, avec des effondrements intermédiaires, comme celui qui a enfoncé le Liouktchounà 102 mètres au-dessous de la mer. Des manifestations éruptives très développées sont, comme toujours, en rapport avec les effondrements déterminés par de tels accidents de fracture.

Nos connaissances sur le Massif Sinien sont très incomplètes, non seulement parce que le pays est encore mal connu, mais aussi parce que les terrains de recouvrement empêchent d'y voir, sur de vastes étendues, l'allure du substratum '*. On peut cependant reconnaître,

\. On peut suivre cette étude sur la carte tectonique de la Sibérie (pi. III de mon ouvrage sur l'Asie), où j'ai noté l'âge de ces accidents divers. 2. Voir dans l'Asie, la pi. V, carte d'ensemble des bassins charbonneux d'âge

Page 1