CHAP. XI. — CHAINE HERCYNIENNE (ALLEMAGNE
recouvert Iransjjrressivement une grande partie des massifs anciens. Après quoi, ont eu lieu encore des cassures tertiaires.
En arrivant à la vallée de l'Elbe, qui marque le passage dune importante fracture tertiaire suivant le pied Ouest du Riesen-Gebirgc, les plis hercyniens se recourbent à angle droit dans la direction N.-W.-S.-E. et viennent se rattacher ainsi aux monts Sudètes pour aller disparaître, d'une façon très régulière, au Sud-Est, sous les Garpathes.
Il existe là une zone particulièrement compliquée, où le plateau primitif, constitué par la Plate-forme Russe, s'est trouvé si rapproché des piis tertiaires, que ceux-ci, débordant par-dessus toute la chaîne hercynienne, sont venus buter directement contre lui.
C'est ainsi qu'en partant du Nord-Est nous trouvons, en Russie, jusqu'à une ligne marquée par les vallées du San et du Prut, les terrains siluriens et dévoniens horizontaux de la Plate-forme Russe. Puis vient, au Sud, le champ d'affaissement du Prut et, au Nord-Ouest, le petit massif plissé de Sandomir, où se manifestent des plis alpins, venus par-dessus des plis hercyniens. Après quoi, l'on trouve, entre Cracovie et Brûnn, le carbonifère westphalien (12) de Silésie, englobé dans des plissements en forme de courbe concave vers le Sud, qui font apparaître des terrains de plus en plus anciens de l'Est vers 1 Ouest et le tout bute contre une. nouvelle faille, qui limite le massif Bohémien au Nord de Brûnn.
Par suite de cette disposition, qui met particulièrement en relief le défaut de concordance entre les plis hercyniens et les plis tertiaires, les premiers passent, presque à angle droit, sous les seconds et on perd un moment la trace d'une chaîne hercynienne proprement dite, pour entrer dans une zone plus méridionale, où les mouvements carbonifères ont été recouverts par des plis tertiaires.
Tel était déjà le cas dans toute la chaîne des Alpes, notamment dans les Alpes Carniques, où le caractère hercynien est particulièrement bien accusé ; telle est aussi l'allure dans les deux rameaux tertiaires, entre lesquels s'introduisent les Alpes Carniques : d'un côté, les Alpes calcaires d'Autriche, que prolongent les Monts Métalliques <le Hongrie, les Garpathes, puis, avec une double inflexion en S, les Alpes de Transylvanie et les Balkans ; de l'autre, les Dinarides.
On s'explique aisément l'extraordinaire torsion des Garpathes et des Balkans par le rapprochement exceptionnel de deux faîtes primitifs, la Plate-forme Russe et le massif du Rhodope ^ L'inflexion des Dinarides, plus tard suivie par celle plus occidentale des Apennins, qui s'y rattachent sans doute, est également motivée par l'existence
1. Les lies de la mer Egée au Nord de Santorin, marquées, par une erreur dirapression, en roches volcaniques sur la pi. III, sont formées de cristallophyllien.
de ce même massif du Rhodope et d'un continent probable, la Tyrrhénide, dont la Corse, la Sardaigne et la Calabre représentent aujourd'hui les tronçons, disjoints par l'effondrement tyrrhénicn K
Entre le 25* et le 30* degré de longitude, en approchant de la mer Noire, les plis hercyniens reprennent, avec plus ou moins de sinuosités, leur direction Est-Ouest. On en connaît un tronçon Nord-Ouest-Sud- Est dans la Dobroudja Roumaine.
Au Nord, on retrouve, dans le bassin houiller du Donetz, appliqué contre le faîte primitif, le prolongement possible à grande distance des bassins du Pays de Galles, de la Belgique, de la Westphalie et de la Silésie. La chaîne hercynienne reparaît là pendant 400 kilomètres, avec les trois étages carbonifères marins fortement plissés dans la zone centrale (tandis qu'ils sont à peine ondulés dans la Russie plus septentrionale) ; puis elle se perd de nouveau sous un manteau de sédiments tertiaires dans la vallée de la Volga et se recourbe très probablement autour du plateau primitif de la Russie, pour aller rejoindre l'Oural, entre le plateau Russe et le plateau Sibérien.
Plus au Sud, VAsie Mineure paraît présenter, dans des conditions encore mal démêlées, des tronçons hercyniens ou archéens encadrés entre les deux plis des chaînes pontiques et des chaînes ciliciques et formant un plateau tabulaire dont on a pu chercher le prolongement dans celui de l'Iran. L'Arménie est un horst hercynien, avec plis posthumes triasiques^ Dans le Taurus Gilicien et l'Anti-Taurus, on a également une chaîne hercynienne, où le dévonien plissé contient les beaux gîtes métallifères de Bulgar Maden.
h'Ouraly que prolonge la Novaïa Zemlia (Nouvelle-Zemble), représente un plissement hercynien, dont la direction méridienne, répétition possible d'un ancien plissement précambrien, s'explique par l'intercalation entre les môles Scandinave et Sibérien. Il y a là une zone faible, très anciennement marquée, de l'écorce, suivant laquelle se sont faites, à des époques très diverses, des transgressions marines, tantôt sur le versant Ouest de la montagne actuelle (dévonien, carbonifère, permien), tantôt sur le versant Est, par le Sud (détroit de Tourgaï) à l'époque tertiaire, ou par le Nord (transgression arctique). A l'Est, on peut dire que les plissements de l'Oural n'ont pas de limite
1, On a quelques raisons de rattacher la Corse et la Sardaigne au système hercynien. Le cambrien et le silurien y apparaissent, en effet, plissés et recouverts par une transgression de grès triasiques. La continuité de la zone des schistes lustrés relie la Corse aux Alpes Occidentales, où, comme nous l'avons vu, les plis tertiaires se sont superposés à d'anciens plis hercyniens. Après quoi, se sont produits des effondrements tertiaires. Sur la Sardaigne et son rôle dans la tectonique de la Méditerranée occidentale, voir un travail deToRNQUiST(Acad. de Berlin, 1903).