LES PREMIÈRES ÉTAPES DE LA GÉOLOGIE
Double influence de la philosophie naturelle [théories mécaniques, astronomiques, etc.), et des obiervations précises sur le terrain ou dans les mines. — Théories cosmogoniques de Babylone, de la Grèce, etc. — Idées du Moyen âge [Albert le Grand, Agricola). — La Renaissance [Léonard de Vinci, Palissy).
— La géologie du XVIl" siècle et de la première partie du XVIW siècle {Descartes, Stcnon, Leibnitz, Buffon, etc.).
La Terre sortie du chaos et primitivement fluide. — Les sédiments. — Nature réelle des coquilles fossiles (le déluge). — Horizonialité normale des sédiments.
— Formation des montagnes par leur déplacement. — Correspondance des strates normales à travers les vallées ou les mers. — Premières coupes géologiques. — Bifurcation de la géologie en sciences spéciales.
Dans le chapitre précédent, nous avons envisagé la méthode géologique d'une façon tout à fait générale, ce qui nous a amenés à en rechercher le développement historique ; nous allons maintenant reprendre l'histoire de notre science étape par étape, pour montrer comment cette méthode a été imaginée peu à peu, puis appliquée et comment, par la solution des premiers problèmes posés, elle a progressivement conduit à faire de ces résultats acquis des moyens d'investigation pour aller plus loin. C'est donc une sorte d'histoire philosophique delà géologie, que nous exposerons, et qui nous permettra, chemin faisant, dénoncer ces résultats provisoires, auxquels on attache souvent une importance exagérée, parce qu'ils ont été quelque temps le but de tous les efforts, mais qui, malgré leur intérêt de détail, doivent se perdre successivement dans des généralisations plus avancées K
1. Parmi les ouvrages récents, où se trouve racontée l'histoire de la géologie, il convient de citer : Ar. Geikie. The founders of geology, 1 vol. in 8°, London, 1897 et K. A. v. ZiTTEL : Geschichte der Géologie und Paldonlologie bis Ende des 19'"* Jahrhunderts, 1 vol. in S», Mûnchen-Leipzig, 1899; plus anciennement, la Paléontologie slratigraphique de d'ARCHiAC (2 vol. 18fi4), qui résume, dans son tome I, les travaux faits pays par pays. Le même auteur a publié, en 1868. un Rapport sur la Paléontologie de la France et, antérieurement, entre 1847 et 1860, un grand ouvrage en 8 volumes sur l'Histoire des Progrès de la Géologie depuis IS34. Voir également : 1878. Sainte-Claire Deville, Coup d'œil historique sur la Géologie et sur les travaux d'ÉUede Beaumont. Paris, Masson.
Ce premier chapitre, consacré à la découverte de quelques principes qui nous apparaissent aujourd'hui très simples et qui n'en ont pas moins demandé beaucoup de temps pour être mis en lumière, va se trouver limité aux origines de la géologie et, par le fait même que je chercherai à y reconnaître les échelons gravis tour à tour, je serai forcé de préciser des dates, d'entrer dans le détail des textes et d'insister, plus que je ne l'aurais désiré, sur les erreurs commises à diverses époques. Ce n'est point pour le plaisir puéril de collectionner, à la « Bouvard et Pécuchet », les absurdités qui ont pu être imaginées un jour et la manière dont elles se sont perpétuées à travers les siècles en dépit de toute expérience, mais pour montrer le mérite des novateurs en les replaçant dans l'atmosphère réelle de leur époque. A mesure que nous avancerons dans le chapitre suivant, le côté historique tiendra de moins en moins de place et les conquêtes de la science occuperont, au contraire, toute notre attention.
La science géologique s'est constituée, presque jusqu'à notre temps, de deux manières et par deux voies bien distinctes, que je me suis déjà trouvé mentionner précédemment.
D'une part, cette curiosité de comprendre le monde, qui est le fondement de toute philosophie naturelle, a amené l'homme à réfléchir sur ce qui l'entourait : d'abord, d'une façon un peu vague et par une simple rêverie philosophique; puis, en s'appuyant de plus en plus sur l'observation, par l'astronomie, la physique, la mécanique, etc. D'où les théories générales sur la formation de l'Univers, sur la place de la Terre dans le Ciel, sur sa fluidité primitive, son mouvement, sa structure, etc., théories souvent fructueuses, souvent aussi trop spéculatives et dangereuses par l'attrait que leur côté mystérieux ou surnaturel a toujours exercé sur l'esprit humain.
D'autre part, des observations plus modestes et plus localisées, amenées parfois par des nécessités pratiques, ont porté sur la présence des métaux dans les filons, sur le mode de distribution des minéraux utiles, sur les mouvements des eaux à la surface, leur force d'érosion, et leur action de transport, sur la place des sources, l'existence de coquilles marines dans l'intérieur des terres, les terrains rencontrés par les puits à eau, les carrières de pierre, enfin sur des phénomènes exceptionnels, mais remarquables par leur intensité, tels que les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, les sources thermales.
C'est de toutes ces observations pratiques, accumulées d'abord par un long empirisme, puis peu à peu coordonnées, que la géologie, en temps que science précise, a fini par sortir. Les mines, surtout, ont été, certainement, la principale et la plus ancienne des écoles géolo-