‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 201 sur 356 · CHAP. XI. — CHAINE ALP-HIMALAYENNE · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — CHAINE ALP-HIMALAYENNE

plaine du Mississipi, où l'on rencontre la môme série de terrains, niais à peu près horizontale. »

Vers le Sud, on est aujourd'hui parvenu à.suivre les plissements du Tennessee à l'Arkansas ou de la Géorgie à l'Alabama, au Texas, ou au territoire Indien. Ces plis, qui, dans le dernier pays, semblent permiens, encadrent de vastes zones, où tous les terrains apparaissent horizontaux, sans doute superposés normalement, comme en Russie, à la Plate-forme primitive. Un pas encore à franchir et Ion vient se raccorder par l'Ouest, à la ligne des Montagnes Rocheuses, où de grands systèmes de failles et d'effondrements tertiaires, avec plissements connexes, ont découpé un massif, qui porte antérieurement la trace de plis carbonifères*.

Puis on remonte, le long du plateau crétacé horizontal qui occupe la zone des prairies, entre lui et la chaîne tertiaire plissée, pour aller, par l'Alaska, rejoindre la Sibérie 2.

D. Chaîne Alp-Himalayexne. — La chaîne alpine ne comprenait, dans les idées des anciens géographes, que les Alpes proprement dites. Lorsque Élie de Reaumont commença à étudier les systèmes de montagnes et à introduire, dans la science, la notion de lour âge, il y distingua deux parties, les Alpes Occidentales et les Alpes principales, dont l'âge lui parut différent. Depuis les découvertes de la tectonique moderne, le sens géologique de la chaîne alpine s'est modifié; je proposerai, en adoptant le nom Alp-Himalayenne, de lui donner encore plus d'extension qu'on ne le fait d'habitude et d'y comprendre tous les plissements d'âge tertiaire, qui, à travers l'Europe, le Nord de l'Afrique et l'Asie, ou même l'Amérique, se relient de proche en proche les uns aux autres et ne font qu'un grand ensemble à peu près synchronique : c'est-à-dire toutes les hautes saillies montagneuses récentes de l'écorce terrestre, que l'érosion n'a pas eu encore le temps de détruire, comme elle l'a fait pour les montagnes plus anciennes, ignorées du topographe et retrouvées seulement, à l'état de ruines enfouies, par le géologue. Notre chaîne Alp-Himalayenne embrassera,

1. D'après M. Emmo.xs, les Montagnes Rocheuses représenteraient un vaste anticlinal, émergé à diverses époques et surtout disloqué au milieu du carbonifère par un mouvement, qui a produit, dans les Elk-mountains. de grandes masses de conglomérats. Cependant, à Leadville (Colorado), le carbonifère est resté horizontal. On a récemment signalé, dans cette région, des plis et des renversements tertiaires, qui sont encore mieux accentués, vers le Nord, dans la région canadienne.

2. D'après M. W. M. Davis (in Lappare.nt. loc. cit.. p. 1810) toute la région dont nous venons de contourner la périphérie, auitiit, au début de l'époque tertiaire, après avoir été d'abord aplanie, subi un mouvement de bascule avec relèvement du bord Est et descente du bord Ouest. C'est à ce mouvement que serait due la saillie actuelle des Appalaches, contrastante avec le nivellement des plaines du Mississipi.

m LA SCIENCE GÉOLOGIQUE

en Europe, la Cordillère Bétique, les Pyrénées, les Alpes et le Jura, les Carpathes^ les Balkans, les Apennins, l'Atlas et le Caucase. Elle y présente, d'ailleurs, ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire, au moins trois rides successives : 1° Les Pyrénées, les chaînes Sud- Alpines et les Carpathes ; 2" les Alpes proprement dites avec la Cordillère Bétique; 3" les Alpes illyriennes (ou Dinarides), les Alpes du Bergamasque, l'Apennin et une partie de l'Atlas. Cest dans l'ordre géographique, en procédant de l'Ouest à l'Est, que je vais essayer de la décrire.

La simple énumération précédente est particulièrement propre à montrer la complication d'une chaîne montagneuse, telle que nous l'entendons désormais. On le voit aussitôt, elle se compose, non pas suivant les idées trop simplistes qui ont prévalu autrefois, d'éléments rectilignes continus, ayant chacun leur âge précis, ni même d'une longue traînée onduleuse avec des romeau.x divergents, mais d'une série de vagues parallèles, aux inflexions sinueuses, qui, mises en marche à des époques différentes et inégalement affectées par les obstacles antérieurs sur leur parcours, se sont propagées, les unes après les autres, dans le même sens et qui, tantôt se confondent, tantôt se substituent les unes aux autres, ou même se compliquent de flots revenus en arrière, après avoir buté contre un môle solide. L'aspect de la mer au voisinage d'une côte, si quelque phénomène venait à la fixer dans une de ses positions instantanées, donnerait une image grossière d'un tel soulèvement, avec cette différence toutefois que les terrains sédimentaires, malgré leur flexibilité extraordinaire et leur souplesse dans les plissements, ont nécessairement dû subir des ruptures par plans, auxquelles un liquide ne se prête pas. Dans certains cas, les courbes des plissements contemporains sembleraient presque décrire des ellipses continues, enveloppant quelque zone effondrée : ce qui ne pourra manquer de compliquer notre exposition. Et, comme je vais essayer de le démontrer, ces vagues des plis tertiaires, qui, vers le Sud de l'hémisphère boréal, s'arrêtent parfois brusquement contre des masses archéennes ou calédoniennes, ont trouvé, en montant au Nord : d'abord, une première zone, déjà affectée par les mouvements hercyniens, qui est devenue en général la zone de leurs propres plis les plus saillants; puis, déjà amorties par cet effort, une rangée de butoirs également hercyniens, contre lesquels leur effort est venu se briser en les dis loquant. Je me suis trouvé déjà insister sur le rôle des plis hercyniens dans les zones de plis tertiaires * ; c'est un côté de la question, que je

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laisserai donc ici de côté; je ne reviendrai pas non plus sur 1 influence des effondrements, dont il a été déjà parlé plus hauts bien que la tendance actuelle à les supprimer, pour ne voir partout que des plis à plus ou moins grande amplitude, me semble très exagérée.

La Cordillère Bétique, par laquelle nous commençons l'étude de ces plissements tertiaires, n'est que le prolongement direct des plis de l'Atlas, auquel elle se raccorde à travers la coupure toute récente (pliocène, 54) du détroit de Gibraltar.

Cette Cordillère Bétique est aujourd'imi nettement séparée du plateau ancien de l'Espagne, de la Meseta, par une dépression effondrée, qui longe le Guadalquivir et qu'a précédée, pendant le jurassique, le crétacé et jusqu'au tortonien (54), un très ancien détroit marin. Elle fait néanmoins partie encore, comme nous l'avons vu, des anciens plis hercyniens, et l'on peut imaginer un grand anticlinal hercynien, aujourd'hui rompu, qui aurait relié la Sierra de Ronda, la Sierra Nevada et la Sierra de Carthagène, avec les Baléares-.

C'est sur le flanc Nord de cet anticlinal que se sont particulièrement accentués les plis tertiaires. Ceux-ci se sont propagés à travers les terrains secondaires du détroit de Jaen et sont allés s'écraser contre le massif de la Meseta, le long de la faille du Guadalquivir.

Mais, en môme temps, il s'est produit, dans l'intérieur du massil ancien, quelques effondrements analogues à ceux que nous trouverons tout à l'heure au cœur du Plateau Central et de la Bohême : de petits bassins, où se sont déposés des terrains lacustres ou saumâtres.

Les Pyrénées forment une chaîne d'apparence assez simple et qui n'a guère en Europe d'autre équivalent que le Caucase pour la rectilignité générale de ses plis (très sinueux d'ailleurs dans le détail). Comme la Cordillère Bétique, l'axe pyrénéen était déjà esquissé à l'époque hercynienne. Un premier plissement avait dû s'y produire après le dinantien(ll), avec récurrence avant le permien (13). Puis un exhaussement d'ensemble et sans plissement, commencé à la fin du lias (25), a déterminé une émersion complète de la chaîne pendant la fin du jurassique et le début du crétacé (25 à 35).

Après l'albien (34), nouveau plissement local; déplacements verticaux du cénomanien (36j au Indien (46). C'est alors que les Pyrénées ont subi leur ridement général avec chevauchements, avant les Alpes proprenient dites, en même temps que la Provence, les chaînes subalpines et les Carpathes, par conséquent avec la ride la plus septen-

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2. Voir les travaux d'HeKxiTE et de Nolan. Le Nord de Minorque présente des anticlinaux de dévonien et de dinantien.

Irionale et la plus occidentale des Alpes. Un mouvement intense a encore eu lieu au début de l'oligocène, entre le sannoisien et le stampien (47j et lea couches stampiennes ont elles-mêmes été plissées, alors que commençait, sur une ride plus éloignée de l'Avant-Pays, le soulèvement des Alpes proprement dites. Enfin, les dépôts pliocènes moyens (5o) de Perpignan ont été portés à 100 mètres d'altitude.

Tout ce mouvement est venu s'écraser au Nord contre la Montagne Noire, dont il est séparé par la dépression de Carcassonne et, peut-être, en même temps, au Sud, contre la Meseta, dont il est séparé par la vallée de l'Èbre. On pourrait, sans doute, l'interpréter par une tendance au rapprochement profond de la Meseta et du Plateau Central, greffant un anticlinal secondaire sur la dépression intermédiaire.

A l'Est, les Pyrénées ont dû se prolonger autrefois, à travers le golfe du Lion, vers la Provence. Elles sont aujourd'hui coupées, de ce côté Est, par une ligne d'évents volcaniques, que l'on croit pouvoir suivre assez nettement depuis le Nord du Plateau Central jusqu'au Gap de Gâte et qui marque un effondrement, dont la côte occidentale actuelle de la Méditerranée serait le rivage.

A l'Ouest, les Pyrénées n'ont peut-être pas de prolongement tertiaire; pli secondaire greffé sur l'axe d'un synclinal hercynien, elles s'arrêtent peut-être à la courbe complète, que dessine ce pli, ainsi qu'on l'observe très fréquemment pour des plis de détail ; ou, ce qui revient à peu près au même, elles se recourbent brusquement pour dessiner une cuvette intérieure à celle des plis hercyniens. Quand on arrive dans la région Cantabrique, les mouvements éocènes sont, en effet, d'après M. Barrois, Nord-Sud.

La tectonique de cette chaîne est encore mal démêlée. Les uns y voient un éventail avec renversements et chevauchements dirigés : au Nord vers le Nord, au Sud vers le Sud. D'autres ont imaginé l'hypothèse plus compliquée de nappes superposées venues du Sud, avec mouvements ultérieurs en sens inverse, vers le Sud, dans la chaîne occidentale^.

La Provence a bien des chances pour prolonger les Pyrénées, dont le golfe du Lion la sépare aujourd'hui.

C'est une chaîne également plus ancienne que les Alpes, d'âge intermédiaire entre le bartonien (45) et le tongrien (47) et sur laquelle l'érosion semble s'être exercée avec une intensité qui en a singulièrement adouci les saillies. Mais on peut se demander si, avant de subir cette

\. Voir, 1908, Léon Bertrand (Bull. Serv. Cart. géol., n» 18) et diverses notes du môme au Bull. Soc. Géol., et aux Comptes Rendus de l'Académie en 1911 et 191i. Cahez, Résumé de la géologie des Pyrénées Françaises (Mém. Soc. géol., •4» sér., t. 2).

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