‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 202 sur 356 · CHAP. XI. — CHAINE ALPHIMALAYENNE (ALPES · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — CHAINE ALPHIMALAYENNE (ALPES

érosion, elle n'aurait pas pris part à rcfTondrement jçénéral du bassin du Rhône et ne se serait pas enfoncée tout d'une pièce : ce qui expliquerait, pcut-ôtre le caractère des plis, que l'on y rencontre, analogues à ceux des hautes régions alpestres.

La Provence est, depuis les travaux de Marcel Bertrand, un exemple classique de région à plis couchés, avec plans de poussée, étirementdes couches et phénomènes de charriage.

Cette première ride éocène des Alpes se poursuit, d'après M. Haug, dans les chaînes subalpines, vers la haute Durance, entre Gap et Digne.

Au Nord-Ouest de cette ride Pyrénées-Provence, le massif ancien de la Montagne Noire jouant le rôle de butoir, des plis couchés et renversés d'origine pyrénéenne se manifestent dans les Corbières, où, par suite du butoir plus proche, ils se compliquent de failles.

Puis vient la chaîne des Alpes proprement dite, dont la structure a donné lieu, dans ces dernières années, aux travaux les plus remarquables et au mouvement d'idées le plus curieux ^ Peu à peu, grâce aux efforts accumulés, l'ordre s'est établi dans ce qui apparaissait autrefois comme un chaos et M. Termier a pu grouper tous les faits relatifs aux Alpes dans une vaste hypothèse synthétique que nous allons prendre pour base de notre description.

Dans cette interprétation, il faut commencer par distinguer, avec grand soin, des Alpes proprement dites, leur Arrière-pays, également plissé plus tard, à l'époque tertiaire, auquel on a donné le nom de

1. Parmi les innombrables publications relatives au.x Alpes, nous nous bornerons à citer, comme œuvres d'ensemble : l'JOG, P. Tisriiier, la Synthèse géologique des Alpes (conférence faite à Liège), et 1911, Emile Argand, Caries tectoniques et coupes des Alpes occidentales et pennines (matériaux pour la carie géologique de\a Suisse, nouvelle série, livr. XXVII, pi. I à IV). J'ai donné moi-même, dans la Mélallogéniede l'Italie (Paris, Béranger, 1903), une carte tectonique en couleurs des Alpes montrant l'application de la tectonique à la métallogénie, et l'on pourra suivre sur celte carte, malgré quelques corrections devenues nécessaires, la description suivante. Voici 1 "historique de ce mouvement moderne. Après les travaux de Ch. Lorv, qui, en 1873, rattachait les schistes lustrés au trias, malgré leur situation slratigraphique anormale, viennent les publications d'Eo. Suess (1875, Die Entstehung der Alpen) et de A. Heim (1877, Mechanismus der Gebirgsbildung). En 188i, Marcel Beu- TRAM> appelle, pour la première fois, l'attention sur l'abondance des lambeaux de recouvrement. En 1887, étudiant la Provence, il y reconnaît des charriages. Alors commencent, dans les Alpes occidentales, les études de MM. Termier, Kili\s. Hacg. RiTiER, LuGEON, auxquelles les percements des grands tunnels alpins, et surtout celui du Simplon, ont apporté un précieux secours, etc. En 1893, Ha.ns Scharot reconnaît la nappe de recouvrement des Préalpes Romandes. En 1896. M\rcel Bertrand et RiTTER montrent, sur le bord occidental du massif du Mont Blanc, le passage d'un faisceau de plis verticaux à des nappes horizontales empilées. En 1898, Franchi découvre des fossiles du trias supérieur à la base du complexe des schistes lustrés. Enfin, en 1903, au Congrès de Vienne, l'idée de la structure en nappes empilées est développée dans toute son ampleur et appliquée par M. Termier aux Alpes orientales. Elle a été depuis généralisée jusqu'à l'excès et appliquée aux chaînes les plus diverses.

Dinarides*. Ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le dire, c'est au déplacement horizontal de ces Dinarides vers le Nord que l'on attribue aujourd'hui toute la tectonique des Alpes.

Les racines proprement dites des plissements alpins se réduisent à une zone tout à fait restreinte et en partie cachée sous la plaine lombarde, accusant d'une manière éclatante cette localisation progressive des plissements, sur laquelle j'ai appelé l'attention et que la planche I fait ressortir avec évidence suivant un méridien.

Au delà de la zone des racines, dans le sens de l'Avant-pays hercynien, les plis se sont couchés en avant, se sont empilés et ont été charriés. A peu près toute la Suisse nous apparaît ainsi comme un pays de nappes. C'est donc suivant ce sens du Sud au Nord, où se sont propagés les mouvements, qu'il conviendra d'envisager les zones successives. On peut ajouter aussitôt que, dans une certaine mesure, cet ordre géographique est l'inverse de l'ordre historique selon lequel se sont effectués les plissements. Les premières rides ont eu lieu au Nord, vers l'Avant-pays, et ont été recouvertes successivement par des rides nouvelles dont l'origine était de plus en plus lointaine et qui s'empilaient ainsi à peu près dans l'ordre de leur formation. Enfin l'Arrière-pays provisoire lui-même, à savoir les Dinarides, a subi, après son déplacement horizontal, un plissement, auquel, si l'histoire géologique se poursuivait conforme à ce qu'elle a été jusqu'ici, pourraient encore succéder, dans l'avenir, des mouvements partis de ce qui est aujourd'hui la zone des dépressions méditerranéennes.

Par les Dinarides, il faut probablement entendre, avec les Alpes Dinariques qui leur ont donné leurnora, tous les Apennins et la zone déprimée que recouvre aujourd'hui l'effondrement Adriatique prolongé par la plaine du Pô, ou encore tout l'espace compris entre les deux horsts plus anciens de la Tyrrhénide avec le système Gorse- Sardaigne et delà Macédoine avec le massif d'Agram. Mais c'est surtout sur la zone septentrionale de ces Dinarides, où elles viennent s'appliquer en contact anormal contre les Alpes, qu'il est utile d'insister.

De ce côté, la chaîne des Alpes Dinariques se prolonge, avec ses faciès très caractéristiques, par les Karawanken, les Alpes de Raibl, les Alpes Garniques, les Alpes Dolomitiques, les Alpes du Bergamasque. Arrivée à une ligne Est-Ouest allant de Brescia à Bergame, Gôme et Borgo-Sesia, cette zone dinarique disparaît sous les alluvions quaternaires de la vallée du Pô, au milieu desquelles émergent le miocène marin de Turin et Acqui, le pliocène marin d'Asti; puis on

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